Ma vie au service de l’Église

Publié le par Yves-André Samère

Au cours de mes pérégrinations, il m’est arrivé, au moins une trentaine de fois, de devoir séjourner dans une capitale où, n’étant pas défrayé, je devais payer de ma poche ma chambre d’hôtel, or ces hôtels étaient assez chers. C’est pourquoi je me suis trouvé très satisfait qu’un copain me donne un tuyau : il existait, au centre de la ville, un établissement qui hébergeait les religieux catholiques de passage, suffisamment vaste pour ne jamais être complet, et dans lequel on n’exigeait pas que vous prouviez votre appartenance à la très sainte Église catholique, apostolique, romaine e tutti quanti. Il suffisait d’y aller, de s’inscrire, et de payer. Ils ont quand même leurs bons côtés, ces cathos.

J’ai profité de l’aubaine une bonne demi-douzaine de fois, et ne l’ai pas regretté, car l’endroit était simple et propre – alors que, dans le plus grand palace de la ville, les toilettes étaient proprement répugnantes, si j’ose cette expression hardie.

Cet établissement religieux avait aussi une table d’hôte, où les pensionnaires pouvaient prendre leur dîner, et j’en ai profité deux ou trois fois. Là, aucun uniforme ecclésiastique : tous, prêtres et religieuses, étaient en civil. Comme je l’étais aussi, forcément, rien ne me distinguait des autres. Si bien qu’un soir, je me suis entendu appeler « mon père » par l’un des convives. J’ai ri sous cape, et adressé au Ciel une ardente prière : pourvu que le brave prélat ne me demande pas de l’entendre en confession ! Car enfin, vu la vie privée des hommes de Dieu, je risquais le surmenage. Si encore j’avais disposé d’un petit magnétophone portatif !

Un autre convive me demanda également si j’appartenais à la procure. Je faillis répondre que le seul procureur que je connaissais, c’était Pierre Desproges, mais je retins ma langue à temps. De toute manière, mon interlocuteur n’aurait pas compris.

Voilà, mes bien chers frères, c’était le bilan de ma vie religieuse.

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