Magistrats, ne soyez pas trop curieux !

Publié le par Yves-André Samère

Chaque jour qui passe, nous devons remercier la Divine Providence d’avoir créé De Gaulle, mais aussi ses sbires zélés, qui jamais, pour satisfaire les désirs de leur dieu vivant, n’hésitèrent à s’asseoir, non seulement sur leur fondement, mais aussi sur ceux de la démocratie.

J’ai déjà cité, mais je ne m’en lasse pas, cette loi d’amnistie qu’un Parlement aux ordres vota au bénéfice… d’un seul homme, un commerçant un peu escroc qui s’était livré aux joies de la carambouille – procédé consistant à revendre une marchandise qu’on n’a pas encore payée. Que vient faire le Parlement là-dedans ? Eh bien, il se trouve que cet honnête homme, Alexandre Sanguinetti, marchand de peinture dans le civil, était aussi le secrétaire général du parti gaulliste, l’UNR ; et que les termes de la loi votée au Parlement étaient si bien tournés qu’elle ne pouvait avoir qu’un seul bénéficiaire : lui ! Or l’immense Général que les Français avaient placé à leur tête n’hésita pas une seconde à signer cette loi de sa blanche main.

Également, cette loi qui rendait enfin licite l’objection de conscience, jusque là punie de prison, et que les grèves de la faim à répétition de Louis Lecoin arrachèrent au même De Gaulle : rédigée par Michel Debré, Premier ministre en apparence mais clown en réalité (il a d’ailleurs donné le jour à deux clowns), cette loi contenait un article qui interdisait, sous peine d’amende et peut-être de prison (il faudrait vérifier), de la citer elle-même dans les journaux ! Une loi interdisant de citer la loi, il fallait être un génie pour trouver cela.

Eh bien, Sarkozy étant théoriquement gaulliste, il a hérité de cette mentalité qui nous fait à l’étranger une si belle publicité. En septembre dernier, le ministère de la Justice a envoyé à tous les magistrats une circulaire pour leur expliquer qu’en matière de piratage sur Internet, les procès-verbaux exhibés par les ayant-droits (les éditeurs se plaignant que leurs œuvres ont été téléchargées par des salopards) faisaient « foi jusqu’à preuve contraire ». Un peu comme si lesdits plaignants étaient assermentés comme les policiers, et que leur parole ne puisse pas être mise en doute ! Mieux : la circulaire recommandait aux parquets « d’éviter, sauf cas particulier, qu’une seconde enquête soit diligentée ». En clair, que les magistrats veuillent bien ne pas se poser de question…

Belle illustration de la fameuse présomption d’innocence dont on nous parle tant en ce moment.

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