Match : octets contre bits

Publié le par Yves-André Samère

Avant-hier, dans ma notule sur l’escroquerie de la 4G, je n’ai pas tout dit : il faut toujours garder une poire pour la soif. Voici donc la louche que je rajoute aujourd’hui.

Encore hier, on a pu entendre à la télévision une affirmation surprenante : un fournisseur d’accès à Internet mettait en avant la possibilité d’un débit de, je cite, « deux cents mégas ». Or tout est dans ce mot, méga. En principe, c’est un préfixe signifiant « million », bien qu’il revête en informatique un sens légèrement différent, qui est 220deux puissance vingt en langage normal, ce qui équivaut à 1 048 576 (de même que kilo, en informatique, ne signifie pas 1000, mais 1024). Mais l’escroquerie n’est pas là, elle serait insignifiante.

L’escroquerie est dans l’absence de précision : méga-quoi ? Si on vous dit que vous avez gagné un million, ce n’est pas la même chose de gagner un million d’euros ou un million de roubles, puisque le rouble vaut à peine plus de deux centimes d’euro. Et dans le cas de ladite publicité, on « oublie » tout simplement de préciser s’il s’agit d’un débit de 200 mégaoctets ou de 200 mégabits !

« La différence n’est pas mince », comme disait Pâris à Calchas dans La belle Hélène, car un octet équivaut à huit bits. Ce que le grand public ne sait pas, c’est que les commerçants en informatique ont la charmante habitude, sans doute pour ne pas vous ennuyer avec ces précisions barbantes, de parler d’octets quand il s’agit de la capacité d’une barrette de mémoire ou de celle d’un disque dur, mais de parler de bits quand il s’agit du débit de la transmission par Internet, mais sans vous le dire. Et cette distinction, on ne la trouve JAMAIS dans les publicités ! De sorte que l’acheteur qui n’est pas au courant de toutes ces finesses pense que son fournisseur d’accès à Internet va lui balancer dans les tuyaux un débit (maximal, faut pas rêver) de 200 mégaoctets par seconde, alors que ce sera, au mieux, 200 mégabits, soit huit fois moins.

Et maintenant, imaginez que vous allez chez le boucher acheter un rôti de deux kilos, et qu’il ne vous en donne, pour le même prix, que 250 grammes ! Vous changez de boucher, non ?

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