Minable, Maria Chapdelaine !

Publié le par Yves-André Samère

Athée convaincu PUISQUE lecteur assidu de la Bible, je n’en ai pas moins été capable d’un exploit en matière religieuse, auquel pas un de mes lecteurs confits en dévotion n’oserait sans doute s’attaquer. Il est vrai que la bizarrerie du projet en rebuterait plus d’un. La chose fut à ce point extravagante que j’ai peur de raconter ce qu’un jour j’ai fait, d’autant plus qu’il n’y a eu aucun témoin, et que vous n’êtes donc pas obligés de me croire. Mais je jure devant Dieu que... (Oh pardon !)

Vous connaissez certainement Maria Chapdelaine, ce roman de Louis Hémon paru en 1913 et dont on a tiré trois films, réalisés par de grands cinéastes – l’un d’eux passera peut-être un jour à la télévision, quoique. Hémon, quoique français, vivait au Québec, et son histoire se situe là-bas. Maria, qui a dix-huit ans, est amoureuse d’un garçon nommé François Paradis, lequel vient à disparaître. Je vous dis tout de suite qu’il est mort gelé, PUISQUE nous sommes au Canada, mais Maria ne le sait pas, et, pour le faire revenir, comme elle est très pieuse, elle décide de dire mille fois le célébrissime Je vous salue Marie, histoire de mettre la SMDD (la Sainte Mère De Dieu) dans son camp. Vous vous doutez bien que ça ne va pas marcher, sinon il n’y aurait pas matière à en faire un roman, et que la TSV (la Très Sainte Vierge) devait être sourde, ou aux abonnés absents, ou il n’y avait pas de réseau. Si bien que Maria, abandonnée par la BVM (la Bienheureuse Vierge Marie), renonce et se marie avec un autre homme.

Ce qui m’avait frappé, dans cette histoire, c’est évidemment cette prière dite mille fois, un nombre qui paraîtra outrancier à n’importe quelle personne sensée. Je me suis donc demandé si je serais capable de faire aussi bien que Maria, quoique n’ayant égaré personne dans les neiges québécoises. Et comme je suis mathématicien dans l’âme, je me suis aussi demandé combien de temps cela me prendrait si j’y parvenais. Enfin, désireux de tout mettre contre moi pour que l’exploit soit le plus difficile possible, j’ai projeté de le faire : 1. à genoux (dans une chapelle heureusement déserte) ; 2. sans bouger d’un poil ; 3. d’une seule traite ; 4. les yeux fermés ; 5. en visionnant le décompte des prières psalmodiées ; et 6. en chronométrant ma tentative.

Je vous vois venir : vous dites que je me suis ridiculisé, que j’ai lamentablement échoué. Bande de malveillants ! Et vous avez tort. Au prix d’un mal de dos carabiné, je suis venu à bout de l’épreuve, et en... deux heures et demie. Faites le calcul : cela représente une prière toutes les neuf secondes exactement, et c’est parfaitement possible. Je vous invite à faire l’expérience, peut-être pas jusqu’au bout, mais durant une minute ou deux.

Finalement, cette Maria Chapdelaine, quelle minable !

(Vous croyez que je devrais expérimenter la crucifixion ?)

Publié dans Religion, Curiosités, Humour

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Que ce soit pi ou e, ça a déjà été fait. Surtout pi, parce que l’autre, base des logarithmes népériens, est royalement ignoré. Mais voir le film « L’odyssée de Pi », par exemple. Tandis que mon
(minuscule) exploit n’avait jamais été accompli dans la vie réelle !
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K
Une âme mathématicienne se serait attaqué aux 10000 premières décimales de pi ou de e. Les chinois sont très forts dans ce genre de discipline. Comment être croyant alors que St Antoine de Padou
n'est même pas capable de m'aider à retrouver la télécommande de la clim. (ici à Mérida YU il fait 35°C, vivement Paris)
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