Minute, babillons...

Publié le par Yves-André Samère

(Mon titre est emprunté à une ancienne rubrique de ce journal, « Minute », que je ne plagie donc pas)

On aurait du mal à le croire aujourd’hui, mais le journal « Minute » n’a pas toujours été d’extrême droite ! De droite, oui, mais pas n’importe laquelle.

« Minute » a été créé pendant la guerre d’Algérie, et bien avant 1962, contrairement à ce qu’affirme la notice que lui consacre Wikipedia, puisqu’on le trouvait déjà en Algérie en 1959. Son créateur était Jean-François Devay, qui avait dirigé « L’Aurore », grand journal de droite fondé en 1944 (il avait d’abord paru dans la clandestinité, avec quelques numéros en 1943), et qui a disparu en 1985, intégré dans « Le Figaro ». Devay, lui, avait été résistant, participa à la libération de Paris en 1944, et fut d’abord… communiste (jusqu’en 1950) ! Lorsqu’il fonda « Minute » avec de l’argent apporté par des personnalités comme Juliette Greco, Françoise Sagan (si-si !), Fernand Raynaud, Marcel Dassault ou Eddie Barclay, son but était de combattre De Gaulle et sa politique prévisible d’abandon de l’Algérie ; aussi comptait-il beaucoup de rédacteurs pieds-noirs, certains étant fort talentueux. Mais le journal n’était pas uniquement politique, il comprenait une majorité d’articles sur le monde du spectacle et de dessins humoristiques.

La fin de la guerre d’Algérie entraîna sa radicalisation politique, très à droite mais sans lien avec aucun parti. Ses lecteurs étaient naturellement les déçus de la politique gaullienne, et le journal était très lu, puisqu’il recensa jusqu’à 250 000 lecteurs. Il contribua à l’éclatement de l’affaire Ben Barka, en octobre 1965, laquelle valut à De Gaulle d’être mis en ballotage par François Mitterrand, en décembre de la même année, lors de l’élection présidentielle.

« Minute » était une sorte de rival du « Canard enchaîné », et les deux journaux se tiraient dessus… en apparence, sur les questions politiques. Pourtant, lorsque Devay mourut d’un cancer en 1971, « Minute » eut la malice de publier une lettre que le directeur du « Canard », Roger Fressoz, avait envoyée à la veuve de Devay, où il lui exprimait sa « peine »… C’est que Devay était le contraire d’un homme méprisable. Et « Le Canard » lui-même a toujours employé des journalistes de droite.

Lui succéda Jean Boizeau, et le journal ne tarda pas à virer à l’extrême droite. Il a connu depuis des fortunes diverses, toujours très critique envers les hommes politiques, notamment Georges Marchais, le patron du Parti Communiste, accusé à juste titre d’avoir été volontaire pour travailler en Allemagne durant la Deuxième Guerre Mondiale (chez l’avionneur Messerschmitt).

Parmi les personnalités connues ayant travaillé à « Minute », on peut citer Patrick Buisson, devenu conseiller de Sarkozy à l’Élysée, et Jean Montaldo, journaliste à succès, grand découvreur de scandales financiers, mais qui démissionna du journal dès 1972, où il était entré en 1964 pour n’y parler que de télévision. Ce qui rendit ridicule la querelle que lui fit, des années plus tard, le psy médiatique Gérard Miller, lequel refusa de le côtoyer au cours d’une émission de télévision, en l’accusant d’avoir participé à un journal d’extrême droite – ce qui était donc inexact.

C’est « Minute » qui, le premier, utilisant les informations fournies par Jean-Édern Hallier, révéla au public l’existence de Mazarine Pingeot, fille naturelle de Mitterrand. Il a d’ailleurs, quoique pour d’autres raisons, écopé d’un nombre incalculable de procès, qu’il n’a pas tous gagnés !

Contrairement à ce qu’on pourrait supposer, « Minute » ne soutient pas du tout Marine Le Pen, et ses envoyés se sont vu interdire, pour « hostilité illégitime », l’entrée au congrès du Front National à Tours, le 16 janvier dernier, où elle fut élue à la succession de son père.

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