Moi, je démissionne !

Publié le par Yves-André Samère

De Gaulle et moi n’avons qu’un seul point commun : l’habitude de démissionner. Lui a laissé tomber par deux fois la tête de l’État ; moi, je n’ai pas (encore) eu cette occasion. Cela mis à part, je ne reste jamais éternellement au même endroit.

Ainsi, j’ai abandonné un syndicat auquel j’ai adhéré quelque temps. J’ai aussi laissé tomber une fédération nationale dont je ne vous dirai rien, et qui m’agaçait prodigieusement sur un point de ses revendications, devenu obsessionnel. Dans les deux cas, de ma part, c’était un peu idéologique.

Également, j’ai démissionné, en cessant de payer mes cotisations – donc en douceur –, d’une association extrêmement flatteuse pour ma vanité : songez qu’elle avait compté au rang de ses membres un ou deux Servan-Schreiber, et qu’un de ceux les plus en vue était Charles Beigbeder, le frère de l’autre et PDG de je ne sais plus trop quoi. J’avais ainsi les adresses personnelles et numéros de téléphone de tout ce monde-là. Mais je ne m’en suis jamais servi, car je n’avais rien à leur dire ! J’ai largué ce cénacle, parce que sa section internationale était très active et utile, alors que les membres de sa section française passaient une partie de leur temps à faire des gueuletons, comme les Gaulois à la fin des albums d’Astérix, et l’autre partie, à jouer à des jeux de société. Deux activités qui m’ont paru un peu au large de mes centres d’intérêt.

J’ai encore quitté un site Internet qui aurait arraché des cris d’horreur à Jérôme Garcin, parce que sa seule fonction consistait à raconter la fin des films. Je précise que, estimant cette règle idiote, je ne m’y suis jamais plié et que je racontais aussi le début des films. J’avoue qu’on ne me l’a (presque) jamais reproché. Mais au bout de vingt mois, me sentant un peu seul, j’ai préféré aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte (non, je n’ai pas « claqué la porte », comme on dit dans les journaux bien écrits, c’est un comportement très vulgaire, et de ma vie je n’ai claqué une porte, je préfèrerais claquer le beignet d’un journaliste – ou mon héritage avec des créatures).

À propos de journalistes, j’ai été assez copain avec un journaliste. Il m’avait contacté après avoir lu mes critiques de cinéma : il aimait ça, ce fou. La première fois qu’on s’est rencontrés dans un café du Marais, il m’a embrassé, comme c’est l’usage chez les bobos. J’ai eu un mouvement de recul puisque j’ai horreur de cette manie, et il n’a jamais récidivé. Ce gars, descendant de harki, avait la passion de la langue française, et nous passions des heures au téléphone, à mettre au point ses articles. J’en ai écrit une demi-douzaine pour lui, qu’il m’avait demandés sur le thème des morts comiques. Mais comme il ne les a pas utilisés car son journal ne s’y intéressait pas, je les ai repris, et... ils n’ont eu aucun succès ! Ça m’apprendra. Il m’avait invité comme « ami » sur Facebook, et, ne sachant pas alors ce que c’était, j’avais accepté ; mais, depuis, j’ai repris mes billes. Je me suis aussi aperçu que le gars était antijuif et admirateur de Dieudonné, donc j’ai coupé les ponts sans regret.

Également, j’ai repoussé l’offre d’un mensuel désirant héberger ma prose, et qui se disait « révolutionnaire », non pas à cause de cette étiquette, mais parce qu’il poussait cette option jusqu’à refuser d’utiliser dans mes articles les guillemets français – ceux en forme de chevron, les seuls corrects et que tous les éditeurs emploient : il paraît qu’ils « ralentissaient la lecture ». J’ai préféré arrêter tout à fait celle de mes articles aux éventuels lecteurs.

Enfin, je ne suis pas resté au bureau du Fan Club français de Friends, où j’étais aussi rédacteur en chef, parce que son président était terrorisé par mes petits écrits, dont l’un piétinait joyeusement les faiseurs de sous-titres. Là, on m’a un peu poussé vers la sortie. Je précise que je suis resté plutôt copain avec ce président timoré. Si Hollande l’apprend, il va sûrement me faire une offre.

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