« Moins » et « moins de »

Publié le par Yves-André Samère

L’art de dire involontairement le contraire de ce qu’on voulait faire entendre est une entreprise florissante un peu partout, mais sur France Inter, la pépinière est plus que productive.

Aujourd’hui, au bulletin d’informations d’onze heures (je ne vois pas pourquoi j’écrirais « DE onze heures »), la sotte préposée à ce travail anodin devait annoncer qu’en Sibérie, leur avion étant tombé en panne par très grand froid, les passagers sont descendus pour... le pousser. Un peu comme on le fait avec une voiture dont la batterie est à plat (en fait, non, il ne s’agissait que de dégripper le train d’atterrissage qui était gelé).

Comment la gourde s’est-elle tirée de cette tâche ? De cette façon : elle a dit que les passagers avaient poussé le zinc « par moins DE quarante degrés ».

Si cette experte en langue française avait eu deux sous de culture, elle aurait su que moins de quarante degrés signifie toute température inférieure à quarante degrés. Donc trente-neuf degrés, trente-huit degrés, vingt-deux degrés, et tout ce que vous voudrez qui ne dépasse pas les quarante degrés – ce qui laisse de la marge. Rien, par conséquent, qui sous-entende qu’il faisait très froid. Lorsque la canicule de 2003 a causé des milliers de morts en France, il faisait moins de quarante degrés à peu près partout, car cette température est rarement atteinte chez nous, et personne ne s’est plaint d’avoir froid.

Vous aviez compris qu’il fallait dire « moins quarante degrés », le moins désignant alors une température négative, c’est-à-dire au-dessous de zéro degré. Moins quarante et moins de quarante, c’est très différent ! La distinction est élémentaire, mais, à France Inter, même les notions élémentaires d’arithmétique ne sont pas entrées dans le langage. Je crois qu’on passe au crible les classes de transition de la banlieue nord pour y recruter les journalistes de la maison.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Si vous me lisez, vous savez, d’une part, que j’ai déjà précisé que je ne fais jamais d’excuses, parce que je réfléchis AVANT aux (rares) horreurs que je note ici. Et, d’autre part, que je mise sur
le fait que les personnes qui s’égareront ici auront assez de sens de l’humour pour lire entre les lignes.

Donc la banlieue nord repassera. Et les dizaines d’associations auront de mal à me trouver.
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K
Malheureux ! Vous avez stigmatisé les élèves des classes de transition de la banlieue nord.
Une dizaines d'associations vont vous tomber sur le râble avec des procès en rafale.
Vite, vite, des excuses et des regrets en pleurant .
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