Morne soirée chez les humoristes

Publié le par Yves-André Samère

Les amateurs d’humour n’ont pas été gâtés, hier soir, s’ils campaient devant leur télé : tout était mauvais.

D’abord, dans son Petit Journal, Yann Barthès ferait bien de laisser tomber la séquence hebdomadaire « Yo mamma », destinée à tourner en dérision les petites phrases des politiques. C’est lourdingue, répétitif, pas drôle, et les deux malabars noirs qui l’entourent, censés être des rappeurs, n’ont rien d’autre à faire que se ridiculiser.

Ensuite, jamais les Guignols n’ont été aussi mauvais. Comme on leur interdit d’être trop politiques en ce moment, ils ont remplacé leurs sketches par... cinq karaokés, chantés par la moitié des candidats à l’élection présidentielle. Textes plats, mal écrits, interminables, pas drôles là non plus.

En fait, l’émission de Denisot sur Canal Plus ne s’est animée que lorsque l’invité politique du jour, Dupont-Aignan, s’est mis à insulter les journalistes comme même Mélenchon n’ose pas le faire, les accusant de « s’en mettre plein les poches », et réclamant que Denisot et Apathie donnent le montant de leur salaire – ce qu’évidemment ils n’ont pas fait. Le très calme Denisot, on l’a senti à deux doigts d’étrangler son invité... Téléchargez donc l’émission avec le programme Captvty, vous ne regretterez pas.

J’ai terminé la soirée sur France 4, où Christophe Alévêque passait en direct avec son spectacle Super rebelle, qui est super raté. La première partie est une fiction, où il se pose en candidat à l’élection, et ne nomme jamais ses « concurrents », de sorte que Sarkozy devient « Zébulon », et que les deux derniers ministres de l’Intérieur sont rebaptisés Klaus Guéant et Fritz Hortefeux. Désopilant. La deuxième partie est calquée sur ce que faisait Guy Bedos quand il était encore vivant : un très long chapelet de commentaires sur l’actualité, improvisé à partir de fiches que l’humoriste tire une à une (Didier Porte fait aussi une revue de l’actualité, mais lui n’emploie pas de fiches, et c’est plus court). Ce n’était un peu amusant que, paradoxalement, dans la séquence consacrée à Mohammed Merah, mais le fait d’improviser produit l’effet inévitable : fautes de français (« Chirac : on lui a dit l’adresse du meeting de Sarkozy à Villepinte, mais y s’EN rappelait plus »), et truffé de « Voilà ! », au moins deux cents – je n’exagère pas –, à faire verdir de jalousie Marie Colmant elle-même.

Le plus étonnant est qu’Alévêque obtienne assez de succès pour passer pendant des semaines dans le très grand théâtre du Rond-Point, à un jeu de grenades lacrymogènes de l’Élysée. Alévêque, je l’ai cotoyé pendant près d’une heure lors d’une manif, il était à un mètre de moi, et on le sentait brûlant de l’envie de monter sur le podium pour y prendre la parole – ce qu’il a fini par faire... pour ne rien dire d’intéressant. Et j’ai su que, lorsque le contrat de Porte sur France Inter n’a pas été renouvelé, Alévêque a proposé à Stéphane Bern de prendre sa place au Fou du roi. Le cher Stéphane l’a gentiment envoyé sur les roses et a choisi Daniel Morin ! Il n’est pas idiot, Bern, la fréquentation des têtes couronnées lui réussit.

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