Nadine Morano contre Sophia Aram

Publié le par Yves-André Samère

Vive prise de bec, ce matin à neuf heures moins cinq, entre Nadine Morano, ministre et sarkozyste acharnée, et Sophia Aram, humoriste. Celle-ci, après quelques piques, dont celle qui comparait les capacités d’abstraction de l’invitée à celles de Jean-Claude Vandamme, avait cru pouvoir terminer son billet en disant ceci : « Je me suis replongée dans l’ouvrage de Guy Carlier, intitulé Nadine Morano, une chanson populaire. En le lisant, ce qui m’a le plus inquiétée, ce n’est pas tant qu’il déplace une telle boîte de cirage pour astiquer les escarpins d’un ministre en exercice, mais le fait que Carlier se laisse distraire par ses troubles émotionnels au point de confondre populaire et vulgaire ». Déplacer une boîte, euh, j’aurais trouvé mieux...

Le fichier mis en ligne par France Inter, tant dans sa version audio que dans sa version vidéo, a été censuré au-delà, et s’arrête à cet instant précis. Les auditeurs qui ont raté l’émission ne sauront donc pas que Nadine Morano s’est rebiffée, que les échanges entre les deux femmes, très acerbes, se sont prolongés bien au-delà de la fin du journal, et qu’on a dû leur couper le micro.

Or, bien que je ne sois pas un fervent admirateur de Nadine Morano, je dois avouer que je lui donne raison. C’est la chute du papier de Sophia Aram qui était vulgaire, en ceci : les humoristes savent bien que l’éviction de Guillon et de Porte a fait un tel bruit et mobilisé tant de monde contre Hees et Val, qu’eux-mêmes humoristes sont devenus quasiment intouchables, et que les politiques qui leur servent de cible en sont aujourd’hui réduits à feindre de trouver très drôle qu’on se serve d’eux en guise de paillasson. Voyez Copé contre la même Sophia Aram, il y a quelques jours. Ipso facto, lesdits humoristes, qui mettent automatiquement les rieurs de leur côté – surtout si le rire n’est pas de très bonne qualité, comme ici –, sont assurés d’une large impunité, donc en profitent.

À cela, je me permets d’ajouter que les humoristes d’aujourd’hui sont à la fois moins talentueux et moins travailleurs que naguère, par exemple Coluche ou Desproges (il est vrai que, faute d’Internet, ceux-ci devaient faire appel à leur propre imagination), et que, le plus souvent, ils ramassent un mot ou une phrase sur Internet et en tirent un papier injuste et pas très fin, qui ressemblera fatalement à celui du voisin. C’est ce qu’a dit Nadine Morano, et que vous ne pourrez pas entendre.

Je pense en outre qu’il est aussi délicat de taxer quelqu’un de vulgarité que de dire (dans son dos) qu’il est bête ou que c’est « une super-tapette », comme l’a fait Régis Mailhot avec Steevy Boulay. Sans blague, de quel droit ?

J’ajoute enfin que les auditeurs qui ont de la mémoire ont compris ceci : pour Sophia Aram, il s’agissait aussi, et peut-être surtout, de taper sur Guy Carlier, qui, voici un peu plus d’un an, l’avait traitée de « petite conne », or elle lui avait déjà répliqué sur France Inter. On sait bien que Carlier n’est pas un téméraire, et que jamais il ne traînerait un invité dans la boue en sa présence, préférant lui dire, APRÈS, que « tout ça, c’était pour rire ». Mais enfin, ces remous de caniveau, ces petits règlements de compte par radio nationale interposée, qui n’a pas été créée pour cet usage, cela ne sent pas très bon.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
En fait, ils ont repassé ce moment sur France 5 ce soir...Ah, ça rentabilise sec, chez Patrick Cohen !!!
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Y
Je n’ai pas essayé, parce que j’ai suivi l’émission entière ce matin, que je n’ai pas le courage de me retaper tout ça, et que la navigation est impossible avec le streaming de Radio France.

Il faudrait pouvoir télécharger toute l’émission, et je ne crois que pas ce soit possible.
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J
Et si on écoute le podcast du 7-9 dans son intégralité ? Penses-tu qu'on puisse retomber sur le passage que tu décris ?
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