Narcisse Dolan

Publié le par Yves-André Samère

M. Narcisse Dolan était hier invité au Grand Journal de Canal Plus, pour la dernière soirée cannoise (de l’année seulement, hélas) avant le retour à Paris. Pas de surprise, le conformisme général est tel qu’il a été accueilli comme s’il était Orson Welles, la seule ressemblance, pourtant, ne concernant que leurs âges respectifs. Rappelons néanmoins que Welles a tourné Citizen Kane à vingt-cinq ans, en 1940, et que son film, sorti l’année suivante, est toujours considéré comme l’un des dix films les plus importants de toute l’histoire du cinéma. Je doute que les films de Monsieur Narcisse Dolan tiennent le coup aussi longtemps. Avant cela, Welles, idolâtrant Shakespeare, était devenu, à seize ans, une vedette du théâtre en Irlande, avait dirigé deux courts-métrages, fondé la troupe de théâtre radiophonique Mercury, et semé la panique dans tous les États-Unis avec une adaptation à la radio de La guerre des mondes, de son presque homonyme H.-G. Wells, en 1936 – il avait vingt-et un ans, et il écrivait, produisait et montait une pièce par semaine. Welles était un génie précoce et incontestable, formidablement inventif et visionnaire, alors que Dolan est un petit faiseur (j’ai failli écrire « un faquin et un pauvre garçon », mais Jean-Luc Godard risquerait de me demander des droits d’auteur), surtout préoccupé de se montrer et de s’admirer.

Avec cela, mauvais metteur en scène, ce que j’ai expliqué ICI dans une critique de son deuxième film, qui était abominablement raté et qui m’a dissuadé de voir les suivants. En outre, il est permis d’être agacé par son obsession de ne parler, dans ses films, que de ses mauvais rapports avec sa mère et de son homosexualité : plusieurs grands maîtres du cinéma étaient homosexuels, aucun n’a jamais estimé que cela valait la peine d’être exposé dans leurs films : Visconti, Murnau, Cukor, James Whale (le metteur en scène de Frankenstein), Fassbinder, Pasolini. Détail : ils sont tous étrangers ! Seuls les Français et les francophones étalent leur homosexualité sur les écrans, ces niais croyant faire œuvre militante.

Mais le plus burlesque de la conversation avec les clowns de Canal Plus a porté sur le fait que Dolan, pour son cinquième film, a choisi un format inhabituel : un écran de proportions 1:1. Autrement dit, dans la première partie du film, l’écran est carré, au rebours de la mode actuelle, devenue une norme, le format 1,77:1, celui de la télévision 16/9. Justification de l’imposteur : c’est pour mieux se concentrer sur le visage des acteurs. Rappelons que, pour atteindre ce but, il y a mieux que ces trucs, qui est la mise en scène, et cela consiste, pour un réalisateur, à garder dans le cadre uniquement ce qu’il veut y voir et sert l’action. Je ne veux pas étaler ma science, mais vous pouvez en trouver un exemple dans cette critique, juste après l’astérisque, du film Orange mécanique. J’y explique comment Kubrick s’y prend pour que le spectateur se concentre sur les deux acteurs d’une scène où ils ne font que parler, ce qui est très ingrat au cinéma. Mais il y a aussi cette conversation entre le prisonnier Bobby Sands et un prêtre, dans Hunger, de Steve McQueen, laquelle dure... dix-sept minutes sans que jamais la caméra ne bouge d’un poil – ce que le pauvre Narcisse Dolan ne sait pas faire –, et sans ennuyer le public.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
1. Je n’ai pas écrit que tous les francophones l’avaient fait, mais que ceux qui l’ont fait sont essentiellement des francophones. Inutile de donner des noms, cet écran serait trop petit...

2. Chéreau a réalisé un film entier sur le sujet, « L’homme blessé ». Il n’y montre que ça.

3. Je ne considère pas que montrer des beaux garçons dans « Le guépard » (j’ai écrit tout un article sur ce film, et le fils de Pierre Clementi m’a contacté... pour avoir une photo de son père)
soit une preuve qu’on fait du prosélytisme. Visconti était un peu plus subtil que ça. Et si vous pensez à « Mort à Venise », c’est un contresens, le personnage incarné par Dirk Bogarde n’était pas
homosexuel.

4. Par égard pour vous, je passe sous silence ce film, « L’air de Paris », où Gabin lui-même, entraîneur de boxe, masse un très joli boxeur incarné par Roland Lesaffre. Le film était de Marcel
Carné, homosexuel lui-même, mais qui n’a jamais étalé cette préférence dans ses films.
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C
On ne peut pas dire que, Chereau ou Cocteau qui ne sont pas parmi les pires réalisateurs , aient étalé leur homosexualité dans leurs oeuvres cinématographiques; en revanche dans Rocco et ses frères
, ou le guepard ,Visconti ne se prive pas de suggerer une certaine homosexualité . Hanin dans le vestiaire des boxeurs et ,Brut Lancastré se faissant masser est édifiant !
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