Naulleau critique les critiques

Publié le par Yves-André Samère

J’ai de l’estime pour Éric Naulleau, qui est à la fois cultivé, intelligent et juste. Hier, dans l’émission de Bern sur RTL, il a proprement flingué les critiques de cinéma qui font (pas tous) leur travail par-dessus la jambe, et rédigent des papiers sur les films qu’ils n’ont pas vu. Précisons tout de même que je ne suis pas entièrement d’accord avec Naulleau lorsqu’il déplore que certains films sont dédaignés par le public et finissent au bout d’une semaine ou deux dans un placard à balais, quand ils ne sont pas tout simplement retirés de l’affiche et envoyés aux oubliettes – certains ne passent même pas à la télévision qui les a produits quatre fois sur cinq. Naulleau devrait savoir que les deux-tiers des films français, qu’il appelle généreusement « films d’auteur » (notion inventée par la Nouvelle Vague et qui s’est révélée invalide), sont tout simplement des films d’amateur ! Autrement dit, qu’ils ont été faits par des débutants n’ayant jamais appris leur métier mais bénéficié de l’avance sur recettes que distribue le Centre National du Cinéma sur simple présentation d’un scénario, voire sur recommandation parentale. Système unique au monde, c’est ce qu’on appelle « l’exemption culturelle française ». Et puis, il y a aussi cette catégorie de films réalisés par des rigolos de la télévision : là, leur chaîne, qui compte sur une notoriété qu’elle a fabriquée, mise sur cet élément, mais cela marche rarement (voir Karl Zéro, Patrick Sébastien, Michael Youn, Éric et Ramzy, Nagui et pas mal d’autres).

Pour en revenir à Naulleau, il a raison sur ce point visant les critiques escrocs : faire une chronique sur un film qu’on n’a pas vu, c’est de l’abus de confiance. Certes, vous me direz que je me suis livré à cet exercice au moins deux fois, ICI et . Mais, d’une part, j’y mettais autant d’humour dans le premier cas que de révolte dans le second, et, surtout... je le faisais franchement, en ne prétendant pas avoir vu ces films !

Et puis, il y a eu ce troisième cas : je m’étais fait avec moi-même le pari de deviner, sans le voir, le mystère que cachait Le village, un film du petit Shyamalan, réalisateur très surfait, et j’avais rédigé ma critique un mois avant d’aller vérifier en salle que je ne m’étais pas trompé. Le croiriez-vous ? J’avais vu juste ! Mais là encore, j’avais joué cartes sur table, en disant que je verrais le film plus tard.

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