Ne bougeons plus !

Publié le par Yves-André Samère

La France, ce n’est pas les États-Unis. Chez nous, on n’aime pas se déplacer en vue d’aller travailler ailleurs que chez soi (et pardon à mes lecteurs d’employer le verbe travailler, que sans doute ils ne connaissent pas, puisqu’IL FAUT dire « bosser », désormais). Avouons que les indemnités de chômage facilitent un peu cette répugnance à bouger, mais n’exagérons pas, ces indemnités existent aussi là-bas, où pourtant l’on change plus facilement de lieu d’existence ET de travail.

Le pire, chez les Français, se voit chez les fonctionnaires. Là, on considère que, si on a eu la chance d’entrer au service de l’État, on y est pour toute sa vie professionnelle, et même davantage – puisque l’État vous verse une pension quand vous avez cessé votre activité. Le bouquet se trouve chez les militaires, avec la possibilité de prendre sa retraite au bout de... quinze ans !

Ennemi des travailleurs qui ne travaillent pas assez, le grand Sarkozy (c’est une image) avait décidé de prendre un décret, en novembre 2010, qui prévoyait un licenciement sec en cas de refus systématique de mobilité. Traduction : tu es fonctionnaire, on veut t’envoyer dans un autre bled, tu refuses, on t’en propose un autre, tu refuses derechef, etc. Au bout de six refus, on te vire sans indemnité. American way of life, en somme. Notez que ce décret péchait par son extrême indulgence, à cause de cette nécessité des six refus. Si bien qu’il n’a... jamais été appliqué. C’est d’ailleurs notre grande spécialité : en France, on fait des lois et règlements, puis tout le monde s’assoit dessus, et on en fait d’autres, strictement identiques, dès que l’occasion se représente, en argüant que « Je n’ai pas été élu pour... » (complétez vous-même). Et puis, regardez bien la vie politique et ses ballons d’essai : nos gouvernants n’aiment pas sanctionner, ils préfèrent INCITER. Et c’est fou ce que le procédé est efficace ! N’arrachez plus le sac des vieilles dames qui viennent de toucher leur pension, on va vous inciter à le leur demander poliment.

Si bien que Marylise Lebranchu, qui fait ministre de la Fonction publique dans le gouvernement de cet homme à poigne qu’est le cher Ayrault (il est surtout ferme pour faire construire un aéroport dont personne ne veut dans son ancienne ville), vient d’abroger le décret dont je vous parlais ci-dessus, le 11 septembre. Tiens, c’est une idée, ça, le 11 septembre : on aurait dû INCITER les Ben Laden’s boys à ne pas envoyer leurs avions contre les tours jumelles de New York. Pourquoi n’y a-t-on pas pensé ?

Parce que ces ploucs de Washington ne sont pas français. Un vilain défaut.

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