Ne dites plus « plus » !

Publié le par Yves-André Samère

La langue française comporte un certain nombre de mots étranges, parce qu’ils possèdent deux sens tout à fait contradictoires. Citons-en trois, mais on doit pouvoir en dénicher d’autres.

Il y a d’abord rien. À l’origine, si j’en crois Jacqueline de Romilly, il signifiait... quelque chose ! Pensez à l’expression un petit rien. Puis il a pris un sens négatif et désigne l’absence de toute chose. Ainsi, le prestidigitateur vous dira qu’il n’a rien dans les mains, rien dans les poches.

Ensuite, vous trouverez jamais. Là aussi, deux significations diamétralement opposées. Si je dis que Jésus n’a jamais existé, et que j’ajoute que Jésus est le plus grand homme ayant jamais existé, je me contredis. La première proposition est une négation, elle affirme qu’il n’y a pas eu de Jésus du tout, et la seconde, que Jésus est le plus grand homme de tous les temps, ce qui n’est plus du tout une négation.

Enfin, il y a le cas de plus, qui est très intéressant, car il possède deux sens et deux prononciations. Quand il signifie un arrêt, une cessation, comme lorsque vous dites que vous ne boirez plus, vous prononcez « plu ». Mais si j’affirme que les syndicats en veulent toujours plus, c’est-à-dire qu’ils en veulent davantage, vous prononcez « plusse ». Or cette différence, perceptible à l’oral, disparaît quand on écrit, ce qui donne souvent des phrases équivoques : qu’a voulu dire leur auteur, plus jamais, ou davantage ? Cette confusion rend perplexes les lecteurs, parfois. Moralité, si vous écrivez, tâchez d’éviter ce mot, ou soyez plus précis !

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