Ne revenons PAS à nos moutons !

Publié le par Yves-André Samère

Vous avez des insomnies ? Quoique ne souffrant pas de cet inconvénient en temps ordinaire, je connais les affres de la privation de sommeil, et dois cette expérience à mes voisins, souvent désireux de me faire partager, à mon corps défendant, leurs divertissements nocturnes et intempestifs.

Mais alors, quel remède ?

Autrefois, votre grand-mère vous eût conseillé de compter des moutons. Mais comment faire ? Dites-moi, franchement, combien de Français contemporains, majoritairement citadins, peuvent-ils se vanter d’avoir jamais vu un mouton ? Sauf peut-être les riverains du 18 boulevard Sérurier, dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, où un modeste troupeau d’ovins importés de Bretagne doit se livrer à une expérience inédite : tondre les pelouses (de la largeur de leur langue ?) d’un terrain qui appartient au service des Archives de la Ville – une initiative écolo dont on doit louer notre maire actuel, qui aime d’ailleurs être entouré de moutons. Je propose que cet endroit soit recouvert d’un chapiteau et qu’on fasse payer les visiteurs désireux de s’instruire.

Mais cela mis à part, nous ne savons pas à quoi ressemble un mouton. Et cela remonte loin ! À 1943, au moins. Souvenez-vous du début de ce roman de Saint-Exupéry, Le petit prince. Ce sale gamin, aussi importun que mes voisins, demande à un malheureux aviateur, en panne dans le désert et affairé à réparer son moteur, de lui dessiner un mouton. Et que fait l’aviateur ? Il dessine hâtivement une boîte et lui dit que son mouton est dedans ! Preuve que, dès cette époque, même un grand voyageur n’avait pas eu l’occasion de voir un spécimen de cet animal (en tout cas, en voilà un qui savait s’y prendre avec ces sales gosses).

Le mouton n’a que des défauts. D’abord, son bêlement est si désagréable qu’on croit assister à un récital de Julien Clerc. Et puis, on le mange (le mouton, pas Julien Clerc), mais sa viande a une odeur forte et un goût âcre, assez désagréable, et je ne comprendrai jamais les Arabes qui préfèrent leur couscous accompagné de viande de mouton alors qu’il serait tellement meilleur avec du poulet (mais non, pas avec des merguèz, bande d’hérétiques !). C’est d’autant plus répugnant qu’ils l’accompagnent avec du Fanta. Et la laine du mouton ! Des générations de gosses se sont grattés jusqu’à l’âge où ils pouvaient enfin choisir leurs vêtements eux-mêmes, tout cela parce que leur mère, voire leur grand-mère, s’échinait à leur tricoter des pulls de laine. Une torture.

Alors, s’il vous plaît, réservons aux moutons le sort qu’ont connu ceux de Panurge : noyons-les !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Je ne connnais guère que les moutons qu’on trouve sous le lit d’un célibataire, à moins qu’il les ait repoussés sous le tapis.
Répondre
D
Tsst, vous n'avez pas connu les "parisiennes de mouton" de ma grand-mère. Sur un feu de sarments, le manche des côtelettes de mouton, sans doute un morceau de pauvre. La viande grillée était
succulente. Même pour une petite fille plutôt casse-pieds avec la nourriture. Peut-être aussi parce qu'il fallait les manger avec les doigts !
Répondre