Notes, ou pas notes ?

Publié le par Yves-André Samère

« Ça r’vient d’façon régulière / Tout comme les radis », chantait Pierre Destailles dans Le bois de Chaville. Là, ce ne sont plus des radis, mais cette manie récurrente de ressortir à intervalles réguliers la question cruciale : faut-il noter les élèves, ou pas ? Je sais que le personnel enseignant est partisan des notes, mais qu’il se trouvera toujours un ministre ou un besancenot (je fais exprès de ne pas mettre la majuscule, ne m’embêtez pas) pour estimer qu’il s’agit là d’un traitement inhumain (« traumatisant »), et qu’il urge de renoncer à cette pratique – faute de quoi, on remplira les asiles de fous avec les victimes de la note chiffrée.

Alors, de temps à autre, on décide de remplacer les notes de 0 à 20 par des lettres, A, B, C, D ou F (pas E), comme on le fait aux États-Unis, d’où nous vient tout le progrès de l’Humanité, comme chacun sait. Les fans de Glee applaudissent, mais les adversaires de cette simplification ont beau argüer qu’alors, ce ne sont plus des notes, mais des catégories imprécises qui n’évaluent rien mais se contentent d’une vague classification (les mathématiciens qui me lisent par millions comprendront ce que je veux dire : classer et ranger, c’est très différent), les chers humanistes de gauche germanopratins n’en démordent pas, un zéro en mathématiques ou en rédaction peut détruire une vie. Sic.

Et les élèves, dans tout ça ? Le croiriez-vous ? La majorité souhaite que l’on continue à donner à leurs devoirs des notes chiffrées, de 0 à 20, donc. C’est d’autant plus justifié en mathématiques, précisément, où les notes sont attribuées selon un barême qui n’a rien d’imprécis. Décourageant, et le pauvre Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale et que chacun surnomme « Éduquons ! », va devoir chercher un bus. Pas pour rentrer chez lui. Pour se jeter dessous.

(Je supplie mes lecteurs, qui apprécient l’exquisité de mon style habituel, de me pardonner l’infâme jeu de mots que je viens de m’autoriser dans le paragraphe précédent. J’en rougis, et promets de ne pas recommencer avant le prochain dérapage des Le Pen)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Sur les interventions à la radio des auditeurs qu’on sollicite, c’est de l’esbrouffe, et, pour y avoir participé, je sais comment cela se passe : on sélectionne les appels qui permettent de
faire briller l’invité et surtout l’intervieweur. Par conséquent, ce qu’on laisse passer sur les ondes n’a rien à voir avec une véritable opinion publique.

À la radio comme à la télévision, les voix discordantes sont mal appréciées.
Répondre
P
J'adore ce jeu de mots, moi ! :D Bref, cette question des notes, revient effectivement de façon récurrente, mais néanmoins toujours aussi vide... Que le débat ait lieu, d'accord, pourquoi pas. Mais
ce sont quand même toujours les mêmes arguments mis en avant de part et d'autre, donc c'est pas comme si tout ça était bien constructif... Cela dit, hier j'entendais à la radio une émission qui
faisait intervenir les auditeurs, et j'ai eu l'impression d'entendre plutôt des enseignants opposés aux notes (je parle ici essentiellement pour les enseignants du primaire, aucun du secondaire
n'est intervenu il me semble). En revanche, les parents, eux, réclamaient majoritairement le maintien des notes, justement pour avoir une évaluation plus précise du niveau de leur enfant.
Répondre