Notion de Gnose

Publié le par Yves-André Samère

Je ne prétends pas être un spécialiste des éditions françaises de la Bible. Néanmoins, je n’ignore pas, puisque c’est notoire, que presque toutes sont expurgées, voire truquées sans vergogne.

La plus connue est due à Louis Segond, et, bien que cet adaptateur ait été protestant, les catholiques ont adopté SA version sans élever la voix, parce que ce texte les arrangeait bien pour dissimuler un petit détail dont je vous parlerai plus longuement un autre jour, et qui est celui-ci : la Bible originale, rédigée en hébreu, laisse clairement entendre qu’il n’y avait pas UN dieu unique, mais PLUSIEURS. Mais pour savoir cela, il faut, justement, avoir lu le texte en hébreu ! Et aussi, éventuellement, avoir pris connaissance d’un certain passage du Deutéronome (cinquième livre de l’Ancien Testament), au chapitre 32, versets 8 et 9 : ils distinguent très précisément le Créateur (alias le Démiurge, alias le Très-Haut, alias le Dieu des Armées) et Yahweh, le dieu bon auquel Jésus n’a cessé de se référer. On y reviendra, c’est un peu ardu et je sens que vous vous lassez...

À ma connaissance, la seule édition honnête en français est la traduction d’Édouard Dhorme, dans La Pléiade, chez Gallimard. Dhorme (1881-1966) connaissait son affaire, il a été directeur de l’École biblique de Jérusalem en 1927 puis en 1930, directeur d’études à l’École pratique des hautes études de 1933 à 1951, professeur au Collège de France de 1945 à 1951, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1948, et, de la Bible, n’a traduit que l’Ancien Testament. Or la différence saute aux yeux dès le premier verset du premier chapitre du premier livre, la Genèse : toutes les traductions courantes s’ouvrent par « Au commencement, Dieu créa les cieux et la Terre ». Or il s’agit là d’une magouille honteuse, car le texte hébreu ne cite pas un « dieu », mais des « Elohim », mot qui est un pluriel – celui de Eloha.

Précisons que ce détail, quoique pieusement mis sous le boisseau par une hiérarchie catholique soucieuse de ne pas gâcher son petit bizness, est connu depuis plus de deux millénaires, et que la Gnose, mouvement philosophique et religieux qui existait déjà au temps où Jésus faisait partie de la secte des Esséniens, en avait fait le pivot de sa lutte contre les fadaises déjà répandues par les prêtres. C’est très probablement pour cela que les pontes du Temple de Jérusalem ont obtenu la condamnation à mort de Jésus : il avait eu de mauvaises fréquentations.

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