Notre-Dame défend ses sous

Publié le par Yves-André Samère

Vous savez sans doute combien j’apprécie les manifestations du droit d’auteur, et les ayant-droits qui poursuivent à tour de bras – si j’ose cette image – tous les malotrus qui l’enfreignent et les empêchent de percevoir le bon argent que ce droit fait tomber dans leur escarcelle. J’ai souvent écrit ici quelques mots gentils sur la veuve Hergé et son nouveau mari, qui vivent sur le dos du dessinateur génial, lequel, mort depuis plus de trente-et-un ans, continue à son corps défendant de les faire vivre. De même, je ne me lasse pas, depuis deux ans, de citer Victor Hugo, académicien depuis 1841, donc à l’âge de trente-neuf ans, et qui a dit ceci au Congrès littéraire international en 1878 : « Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous ».

Par conséquent, je me fais une joie de vous révéler la dernière d’un de ces cuistres arrogants et avides. Il s’agit de... la cathédrale Notre-Dame, qu’on ne savait pas si pingre. En effet, un éditeur de jeux vidéo a fabriqué un jeu baptisé – ça tombe bien pour une cathédrale – Assasin’s Creed Unity (un jeu dont l’installateur pèse 32 gigaoctets, merci bien !). Il se trouve que l’action de ce jeu se déroule à Paris, et notamment dans la cathédrale. Les graphistes du jeu, sous la direction de Caroline Miousse, se sont attelés à reproduire le décor de l’édifice, qui est dans le domaine public depuis le douzième siècle, mais ils n’ont pas eu le droit de reproduire l’orgue, pourtant installé au siècle suivant. C’est que cet instrument a été entièrement restauré en 1992, afin de restituer les sonorités de l’orgue d’Aristide Cavaillé-Coll (facteur d’orgue qui, en 1868, avait fabriqué 86 jeux pour l’instrument), tout en préservant ce qui existait déjà aux XVIIe et XVIIIe siècles, et en y associant les innovations faites plus récemment.

DONC l’orgue est trop neuf pour ne pas être protégé par le droit d’auteur ! Si vous voulez exploiter son image, il faut payer.

Dans le même ordre d’idée, il vous est interdit de tirer profit d’une photo de la Tour Eiffel si vous l’avez prise la nuit. En effet, son éclairage est protégé par le droit d’auteur et le droit des marques, et la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel pourrait bien vous traîner en justice. Eh oui...

Pour le moment, l’air que vous respirez n’est protégé par personne, il est donc encore gratuit. Mais patience, le gouvernement doit sans doute cogiter sur cette question.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Exact pour 1868, et merci (mes habituelles fautes de frappe). J’ai corrigé!
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T
Concernant Cavaillé-Coll, il s'agit de 1868.
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Y
Les fameux ayant-droits qui héritent de tout me donnent de l’urticaire. Voyez Mathew Prichard, le petit-fils et héritier (à 36 %) des œuvres d’Agatha Christie, l’auteur le plus lu dans le
monde. Il est richissime, et ne s’est donné que le mal de naître.

Et la veuve Hergé ! Non seulement elle détient les droits des œuvres de son mari, mais elle a essayé de faire interdire une pièce, « Coup de crayon », dont il n’était pas l’auteur.
On y voyait Tintin rendant visite à Hergé, et que le dessinateur prenait en otage. Elle a raté son coup, heureusement, la pièce était très amusante, et je l’ai vue.
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D
Kafka voulait faire, après a mort, détruire tous ses manuscrits. Il a été décidé que l’œuvre n'appartenait qu'au public, et pas à son créateur qui n'en disposait pas. Enfin, je ne sais pas qui a
décidé cela, mais ce principe revient au goût du jour, après la disparition du grand mathématicien au nom imprononçable, qui veut que l'on détruise ses notes archivées pour l'instant à Montpellier,
et celles existant peut-être encore chez lui.
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