Novlangue

Publié le par Yves-André Samère

Mon goût pour la digression, que j’ai certainement attrapé en lisant Vie et opinions de Tristram Shandy, de Laurence Sterne, est certainement la cause que n’importe quel prétexte me fait dériver vers l’écriture d’une de ces notules rédigées ici. Ainsi, hier, j’ai dit quelques mots gentils sur Bernard Guetta, ce qui m’a donné l’envie de parler d’une manie agaçante : celle de remplacer les mots compris de tous par de nouveaux mots utilisés uniquement par les gens de médias – histoire sans doute de nous montrer combien les membres de cette caste supérieure sont plus intelligents et cultivés que « les masses populaires », pour parler comme feu Georges Marchais.

Donc, la chronique matinale de Guetta sur France Inter s’intitule Géopolitique. Je ne veux pas être malveillant, mais ce terme a été forgé il n’y a pas très longtemps, et il me semble que les gens normaux, ceux qui ne s’épanchent ni dans « Libération » ni dans « Télérama », parleraient plutôt de « politique étrangère ». Mais, comme a dit Pierre Desproges (je suis desprogien de stricte obédience), « Notre époque a résolu tous les problèmes en appelant un chat “un chien” ». Ainsi, depuis pas mal d’années, les concierges ont disparu au profit des gardiennes d’immeubles ; il n’y a plus de femmes de ménage, mais des techniciennes de surface ; l’administration des ex-PTT a tenté en vain de remplacer les facteurs par des préposés (mot qui ne désigne rien de particulier, sinon l’occupation d’un poste quelconque par un employé) ; et l’Éducation nationale, jugeant que les instituteurs avaient fait leur temps, les a, d’un coup de baguette magique, transformés en professeurs des écoles – cette promotion flatteuse évitant de les payer mieux –, leurs élèves étant, par la même occasion, devenus des apprenants ; mais là, on rêve, encore faudrait-ils qu’ils apprennent quelque chose...

Les exemples de cette dérive du vocabulaire sont si nombreux que je vais vous laisser continuer le glanage de ces stupidités (si-si ! Le mot glanage existe, et désigne bien l’action de glaner).

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 29/01/2015 16:33

Au Gabon, et je pense ailleurs en Afrique, on disait une "ménagère" pour "femme de ménage". Joli mot, non ?
Oh oui, il y a en des mots idiots. Maintenant, on ne dit pas "province", mais "région". Surtout pas "handicapé", mais "en situation de handicap". Pourquoi faire simple ?

Yves-André Samère 07/06/2016 06:50

Cette expression, « en situation de handicap », illustre parfaitement ce que je répète souvent : qu’on s’efforce de dégager les adjectifs et les verbes pour les remplacer partout par des noms. Sur le modèle anglo-saxon, bien entendu.