« Œuvre » ?

Publié le par Yves-André Samère

Ils se sont tous donné le mot pour dire que cette horreur de plastique vert, posée sur la Place Vendôme à Paris, était « une œuvre ». Quelle bande de gogos panurgistes !

On pourra dire de moi autant de mal qu’on voudra, et même, ce qui est faux, que je suis de droite, mais je ne pense pas, et on ne me fera jamais avaler, qu’être artiste, c’est avoir une idée, puis la faire réaliser par d’autres, qu’on paye pour ça. En l’occurrence, en face du Ritz et du ministère de la Justice, on avait un gros ballon, affecté d’une forme bizarre et intentionnellement provocante, qui était loin d’embellir les lieux. Étonnez-vous que certains, qui ne sont pas tous d’extrême droite, réagissent mal...

Je regrette, mais, pour être un artiste, je vois deux conditions absolues : créer quelque chose de beau, et le fabriquer de ses mains.

Michel-Ange a passé quatre ans, allongé sur le dos, en haut d’un échafaudage, afin de peindre les merveilles de la Chapelle Sixtine, au Vatican. Lui était un artiste. À côté de cela, Jeff Koons, qui n’était qu’un courtier en matières premières à Wall Street, s’est un jour déclaré « vecteur privilégié de merchandising » (ce qu’autrefois on appelait « un camelot », en moins prétentieux et en bon français) et autoproclamé artiste ; il ne réalise rien lui-même et fait fabriquer ses « œuvres » par des assistants (jusqu’à cent !) ; a copieusement pollué naguère le site du château de Versailles avec des ballons en plastique ; et a vendu pour... 52 millions de dollars un ballon en forme de chien ! Je ne suis pas le seul à râler contre cet escroc, puisque Jérôme Clément, qui a été pendant cinq ans le président d’Arte, a dit du prix de ses réalisations qu’elles reflètent un système « où quelques gros marchands et collectionneurs [...] sont aujourd’hui ceux qui décident ce qui est de l’art et ce qui est beau dans l’art », et que, « aujourd’hui, c’est le pouvoir de l’argent qui décrète la beauté ».

Chez moi, l’argent ne décide rien, je juge ce que je vois et entends à l’aune de ma propre sensibilité, qui vaut bien celle d’un ex-courtier de Wall Street ayant posé nu en compagnie de la Cicciolina avant de l’épouser – gage évident de sérieux. Je ne suis pas en train de dire que la France est en pleine décadence, et je ne parlerai pas de suicide français, comme Zemmour. Simplement, personne ne nous oblige à être des jobards qui aiment tout. Parce que cela, c’est du syncrétisme (et du saint crétinisme).

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 23/10/2014 12:17

Heureusement, je me soucie peu d’être applaudi. Et pour une fois que je suis bienveillant...

Blague à part, ton commentaire n’a aucun rapport avec mon article. Et si je suis favorable aux cadenas du Pont-des-Arts, c’est parce que je déteste le mensonge officiel qui tend à nous faire avaler
qu’ils menacent quelque chose. J’ai PROUVÉ que c’était ridicule et faux.

Et puis, s’en prendre à une coutume des amoureux, c’est d’un minable ! Ça me rappelle la SNCF et la RATP, quand elle ont remplacé les bancs dans les gares par des machins cylindriques où il est
impossible de s’asseoir, Tout ça pour éviter que les sans-abri puissent s’y installer. Toujours la même chose, on s’en prend à ceux qui ne font rien de mal, mais les vrais nuisibles, on les
encense. Par exemple quand leur avion s’écrase, alors qu’ils dirigeaient une énorme firme qui pratique l’évasion fiscale.

Julien 23/10/2014 10:26

Je pourrais applaudir des deux mains à l'idée de fond de ta note, mais savoir ta bienveillance quant aux cadenas du Pont des Arts m'en empêche ;)

Yves-André Samère 22/10/2014 08:42

J’avais pensé à Duchamp et à son urinoir. Mais aussi à Buren et ses colonnes. Et à John Cage, compositeur qui a édité des musiques pour lequelles le piansite feint de jouer sur un piano dont, du
reste, le couvercle reste fermé !

Mon article aurait été trop long, mais ceux qui me lisent peuvent trouver d’autres exemples auxquels je n’aurais pas pensé forcément.

DOMINIQUE 21/10/2014 21:35

On voit aussi ce genre de sottises dans la "haute couture" ou certains qui se disent couturiers (enfin, maintenant je suppose qu'ils ont trouvé un autre vocable) transforment les femmes en sorte
d'amalgames hideux de tissus et autres sottises, comme des masques, des chaussures importables, etc.
Il me semble qu'Andy Warhol avait commencé, par exemple avec ses boîtes de conserve de soupe. Ou Duchamp avec son urinoir. Car ne me dites pas que ce dernier a fabriqué son urinoir lui-même pour
reprendre votre définition de l’œuvre.