Pactole pour Daft Punk

Publié le par Yves-André Samère

J’ai rapporté l’autre jour que la FNAC-Forum, à Paris (mais j’imagine qu’il en est de même ailleurs), diffusait à longueur de journée cette chanson très médiocre du groupe Daft Punk, Get lucky. Très médiocre, parce qu’elle est péniblement répétitive, et ne comporte guère que deux thèmes, inlassablement rabâchés (enfin, « inlassablement », ça se discute, car les employés du magasin, qui entendent cette guimauve toute la journée depuis plusieurs semaines, doivent commencer à se sentir un peu las ; ou alors, ils se sont crevé les tympans).

Mais réfléchissons un peu. La FNAC-Forum ouvre durant neuf heures du lundi au vendredi, et durant dix heures le samedi. Elle a trois étages en sous-sol, et seul le niveau le plus bas et le plus vaste possède un grand écran de télévision, face à l’entrée, près du rayon de vente des CD, où le clip passe sans interruption toute la journée (les esprits originaux disent qu’elle passe « en boucle »). Et comme il dure quatre minutes et neuf secondes, il est donc diffusé 130 fois chaque jour du lundi au vendredi, et 144 fois le samedi. Total pour la semaine : 794 passages. D’autre part, chacun sait que la diffusion d’une chanson ou d’un morceau de musique quelconque dans un lieu public est asservie au paiement des droits d’auteur, versés aux auteurs (paroles et musique) et à l’éditeur – naguère, l’interprète ne touchait rien, étant censé avoir été payé une fois pour toutes lors de l’enregistrement, mais cela a été modifié.

On se doute bien que le montant de ces droits n’est pas rendu public, car il résulte d’un contrat préalable entre l’éditeur et le diffuseur, proportionnel à la durée du morceau en secondes, et calculé en fonction de la fréquentation du lieu ou du nombre d’auditeurs dans le cas d’une radio, notion qui reste assez confidentielle.

Je ne sais donc pas combien la FNAC reverse aux représentants de Daft Punk, mais j’ai pu savoir qu’à la radio, pour chaque passage d’un morceau de cette durée, France Inter, la radio qui paie le prix le plus fort, aurait dû payer 300,72 euros en 2006, alors que la moins chère, Fun Radio, n’aurait eu à verser que 13,77 euros (les derniers tarifs n’ont pas été publiés, apparemment).

Finalement, les auteurs de chansons pourraient se dispenser de vendre leurs disques ! Et le téléchargement illégal ne leur fait pas beaucoup de mal.

Petite curiosité : un arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne, le 15 mars 2012, a dispensé du paiement de ces droits... les dentistes qui sonorisent leur salon d’attente avec la radio. Mais on réclame toujours, en France, entre 95,20 euros et 271 euros par an aux cabinets de médecins qui diffusent de la musique en salle d’attente, auxquels il faut ajouter la rémunération pour les artistes-interprètes et les maisons de disques, de 101,97 euros annuels au minimum. Ils ont moins de clients que la FNAC !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ouais, débat passionnant. Je sens que je vais y réfléchir toute la semaine.

J’ai surtout voulu souligner qu’il y a des expressions qu’on se fatigue d’entendre tous les jours. Il y en a d’autres, mais celle-ci est tenace...
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J
Je serais tenté de dire que la formule "en boucle" est plus adéquate que "sans interruption". Le clip ne serait diffusé qu'une fois, il pourrait être interrompu dès la quatrième seconde.
Ici, on parle bien d'un clip qui est rejoué du matin au soir, en passant par le midi, par le goûter de 16h etc...
Quel débat passionnant !!!
Je ferai plus tard une autre remarque sur une autre de tes notules sur Daft Punk.
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