Pas de marivaudage chez Marivaux !

Publié le par Yves-André Samère

J’ai souvent égratigné ici Bernard Murat. Metteur en scène de théâtre, il est assez mauvais, c’est mon opinion et celle de beaucoup de critiques de théâtre. Mais enfin, cet aspect peut être discuté. Ce qui ne peut pas être discuté, c’est que, comme directeur de théâtre (l’Édouard-VII, près des Grands Boulevards), il ne prend aucun risque, et ce n’est pas chez lui que vous découvrirez de nouveaux auteurs. Le programme de son théâtre est très simple : six mois de Guitry, six mois de Feydeau, puis on recommmence l’année suivante. Sachant que Feydeau et Guitry sont et restent, depuis des décennies, les deux auteurs les plus goûtés par le public, le tiroir-caisse du théâtre Édouard-VII ne craint pas le vide ! D’autant moins que les acteurs qu’il engage sont, soit Pierre Arditi, soit François Berléand, soit les deux en même temps. L’une des rares exceptions à cette politique a été d’engager Johnny Hallyday dans son précédent spectacle, choix qui ne risquait guère de vider la salle. Certes, la pièce était mauvaise, mais les fans de l’idole suffisaient à la remplir chaque soir.

Néanmoins, aujourd’hui sur France Inter, invité de la calamiteuse émission de cette pauvre Isabelle Giordano, Murat s’est permis de dire quelque chose d’intelligent. Il était question alors de Marivaux, et Murat a rappelé cette idée, d’ailleurs pas entièrement inédite, que Marivaux faisait dans ses pièces tout autre chose que du « marivaudage ». Et c’est entièrement vrai !

Pour les gens qui ne savent pas lire, Marivaux est le spécialiste du badinage amoureux. Je ne dis pas que ses pièces en sont complètement dépourvues, mais en fait, le fond de ses intrigues est beaucoup plus sévère quant à l’ordre social qui prévalait à son époque. Et les affrontements entre maîtres et domestiques, notamment, y sont aussi présents que chez Beaumarchais.

On a même pu aller plus loin : lors de ses débuts de metteur en scène de théâtre, Patrice Chéreau avait exhumé une pièce en un acte de Marivaux, La dispute, assez courte (vingt minutes de lecture), mais dont il avait fait une parabole sur le fascisme et la dictature qui durait trois heures ! Bien sûr, c’était exagéré, mais cela montrait au moins que, si Chéreau n’était pas un rigolo, Marivaux, lui, n’était pas un auteur superficiel.

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