Pastiche et parodie au théâtre

Publié le par Yves-André Samère

J’aime autant les pastiches que les parodies, mais les deux genres sont complètement opposés. On parodie une œuvre quand on en garde le sujet, mais qu’on en modifie le style, en général pour obtenir un effet comique immédiatement perceptible : on peut en rire, même si on ne connaît pas l’œuvre parodiée. La parodie est rarement subtile. En revanche, on pastiche une œuvre quand on en garde le style et qu’on l’applique à un autre sujet, en général d’inspiration moins élevé. Là, c’est un peu plus subtil, et le lecteur ou le spectateur doit obligatoirement connaître le style qui a servi de source. De tout cela, vous pouvez conclure que les snobs préfèrent le pastiche à la parodie, et qu’ainsi, un genre littéraire reste tributaire du social.

Mais trêve de considérations élevées, et passons aux exemples.

La parodie du Cid, qui date de 1942, est une pièce de théâtre d’Edmond Brua, un ami d’Albert Camus, et qui ne cache pas son but : Le Cid de Corneille y est transposé dans les années trente, et dans un quartier populaire d’Alger. Tous les personnages s’y expriment en patahouète, le dialecte pied-noir, avec un fort accent, quoique en alexandrins tout à fait réguliers. Naturellement, tous les noms et les titres ont été changés. Rodrigue devient Roro et il est chômeur ; Chimène devient Chipette ; son irascible père est Gongormatz, coiffeur ; don Diègue devient Dodièze ; l’Infante est la patronne d’une maison close ; et le roi est le député du coin, Fernand, en instance de réélection. Nous sommes pendant la période électorale, et l’exploit de Roro qui doit lui rendre l’amour de sa dulcinée va consister à « faire voter les morts » pour assurer l’élection du candidat. Ne vous hâtez pas de crier à la vulgarité : Chipette a tout de même été jouée à la scène par Françoise Fabian !

Les voraces, pièce de 1974 sous-titrée Tragédie à l’Élysée, également en alexandrins, est due à Frédéric Bon, Michel-Antoine Burnier et... Bernard Kouchner (si-si !). Le dessinateur Pino Zac avait fait les décors et les costumes. Elle prenait pour sujet la campagne présidentielle de cette année-là, qui vit la victoire de Giscard contre Mitterrand, sujet ridicule par conséquent, mais dans le style de Corneille, vous aviez compris. C’est donc un pastiche, et tout à fait réussi.

J’ai vu ces deux pièces, et me suis autant amusé à l’une qu’à l’autre. Preuve évidente de mon absence de goût.

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