Plouqueries états-uniennes

Publié le par Yves-André Samère

Les Yankees nous ont à ce point colonisés que nous ne nous en rendons même plus compte. Tenez, examinons notre langage. Notez en passant que je ne vise pas seulement l’individu mononeuronal, fasciné par les séries télévisées que Télé-Poubelle et autres entreprises de crétinisation de masse achètent au kilo dans les solderies hollywoodiennes afin de meubler notre temps de cerveau disponible, et qui (l’individu mononeuronal) cause français comme pas un, c’est-à-dire comme à la télé. Non, on trouve des gens influençables y compris dans la classe la plus huppée, celle qui grenouille entre le boulevard Saint-Germain et la Closerie des Lilas. Je me souviens de ce dialogue signé Emmanuel Bourdieu, un intello fils de son père (Pierre, pour ceux qui ne suivent pas), lequel, au début de Conte de Noël, film d’Arnaud Desplechin qu’il a dialogué, fait dire à un avocat français « Votre Honneur » au président d’un tribunal. Comme quoi, on trouve partout des retardés.

Mais chez les gens ordinaires, c’est pareil. Il est devenu absolument courant que, parlant à une personne qu’on ne connaît qu’à peine, on la désigne par son nom : « Monsieur Martin, ravi de vous voir », ou « Madame Gautier, comment allez-vous ? ». On ne s’étonne plus de cette grossièreté, cadeau des États-Uniens, lesquels, considérant que rien ne ravit davantage une personne que d’entendre son nom répété à satiété, bombardent autrui de ce radotage inutile. Je le sais, comment je m’appelle, ballot, pas besoin de me le rappeler sans cesse ! À un homme qui nous est étranger, on dit « Monsieur », à une femme, « Madame », et rien d’autre. Le savoir-vivre français proscrivait absolument la faute de goût ci-dessus mentionnée, mais il perd du terrain sous les coups de boutoir de la grossièreté yankee, et bientôt, nous serons tous rentrés dans le rang. L’éther alors bruira de l’écho des patronymes inutiles. (Oui, bruira, pas bruissera, cela dit pour les illettrés qui, par chance, ne sont pas trop nombreux à traîner dans le coin)

Enfin, il y a cette horreur, entendue dans un film sur deux venu de là-bas : quelques quidams causent dans un salon ; puis l’un d’eux, s’adressant à un autre sans aucun complexe : « Je peux vous dire un mot en particulier ? ». Il profère cette belle manifestation de tact à haute voix, devant ceux qu’il veut laisser à l’écart (il y a ce genre de scène dans La mort aux trousses). Traduction : ce que j’ai à dire à M.Untel, ce n’est pas pour vos oreilles, donc nous allons discuter hors de leur portée. On n’est pas plus plouc, mais tout le monde, là-bas, trouve ça normal. Et vous ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
J’ai été témoin de plus rude : une femme, en plein cinéma, pendant le film. Son téléphone sonne (déjà, hein...), elle décroche et se lance dans une conversation.

Moralité, les autres n’existent pas.
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D
Cela ne risque pas de m'arriver : j'ai du mal à retenir les noms propres. J'aurais trop peur de me planter.
Comme de lire une lettre ou un message devant les autres : il faut aller plus loin, et tourner le dos pour lire. Maintenant, pendant une conversation on voit les gens consulter leurs messages en
même temps, et on peut s'estimer heureux s'ils ne répondent pas en pianotant devant vous.
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