Polar

Publié le par Yves-André Samère

Une manie qui m’agace, c’est celle consistant à englober un tas de choses très différentes sous un même vocable, qui en devient forcément simplificateur et à la limite de l’imposture. J’ai ainsi relevé polar, thriller, biopic, téléréalité, et quelques autres. Comme on ne peut pas parler de tout dans le même article, je commencerai par « polar ».

En avril 1979 est paru le premier numéro d’un magazine intitulé « Polar ». Son créateur n’était pas un imbécile, mais un spécialiste passionné du roman policier, François Guérif, lequel, aux éditions Rivages, a créé les collections Rivages/Noir et Rivages/Thriller, et a révélé James Ellroy au public français. Mais le titre de ce magazine, qui prenait la succession de « Alfred Hitchcock magazine », disparu en 1975, et de « Ellery Queen mystery magazine », disparu l’année suivante (tous deux publiaient des nouvelles policières, parfois excellentes, et si vous en dénichez chez les bouquinistes, n’hésitez pas en acheter quelques numéros), eut assez de succès pour qu’on se mette à baptiser polar tout et n’importe quoi.

Sont ainsi devenus des « polars » les romans et les films ayant un rapport parfois lointain avec le crime, même si aucun policier n’y apparaissait. Ont ainsi été fourrés dans cette catégorie aux limites élastiques :

- les romans de détection d’Agatha Christie, lesquels ne comptent quasiment aucun personnage de policier. Les énigmes y sont résolues par un détective privé belge, Hercule Poirot ; ou par une charmante villageoise âgée, Miss Marple ; ou par un couple de détectives débutants, Tommy et Tuppence Beresford ; et parfois par un Mr Parker Pyne, retraité devenu détective amateur ;

- d’autres romans de détection, signés par la grande romancière anglaise Phyllis Dorothy James, toujours prenants et décrivant des milieux sociaux qui ne nous sont pas forcément familiers ;

- les romans de psychologie criminelle de Ruth Rendell, à lire absolument, mais où les policiers montrent rarement leur nez ;

- les romans de détection écrits par Conan Doyle, dans lesquels le héros, Sherlock Holmes, a si peu besoin de la police qu’il trouve toujours la solution avant l’inspecteur Lestrade, auquel il laisse pourtant la gloire d’avoir résolu l’énigme ;

- les films d’Alfred Hitchcock, qui ne font presque jamais appel à la police, car l’illustre réalisateur trouvait cela « emmerdant ».

Et j’en passe.

Mais on doit bien constater que ces classifications abusives aboutissent à ranger dans la même catégorie, au cinéma, les chefs-d’œuvre de Fritz Lang ou de John Huston ET les bouses de cinéastes français qui n’ont pu débuter que parce que leur père travaillait à Canal Plus et leur mère au Centre national du cinéma. Je n’invente rien, le cas existe bel et bien, cherchez un peu.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Entre ceux qui n’utilisent que des clichés, et ceux qui, pour se singulariser, inventent et mettent à la mode des mots aussi inutiles et idiots que, par exemple, « incontournable », on ne sait
plus lesquels choisir pour leur taper dessus.

Ma solution : taper sur tous.
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P
Article intéressant : c'est vrai que tous les romans et films sont aujourd'hui devenus des polars, pour peu qu'il y soit vaguement question d'une enquête quelconque...
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