Quand je commente un commentaire

Publié le par Yves-André Samère

À propos de ma petite note sur les mots admis cette année dans le dictionnaire Robert, un visiteur me gratifie d’un commentaire assez long. Comme je ne tiens pas à rallonger la sauce, et que personne n’irait lire sur place ce que j’en pense, je place ici le commentaire de son commentaire. En italique, le sien dans son intégralité (on n’ira pas prétendre que je censure), en caractères normaux, ma réponse.

 

Vous n’avez pas tort sur une chose : bien évidemment, les éditeurs (et Larousse autant que Robert) transmettent la liste des nouveaux mots aux journalistes, car aucun journaliste n’aurait le temps ni la compétence pour effectuer ce travail (tester le nouvel iPad, c’est bien plus à leur portée).

Je n’ai pas dit autre chose, ni prétendu qu’ils devaient « effectuer ce travail ». Un journaliste n’a de temps pour rien, le pauvre. L’essentiel de son travail consiste à téléphoner ou à éplucher les dépêches d’agence.

 

Cela dit, les journalistes sont libres de présenter ces informations comme ils le souhaitent et, sauf s’ils travaillent pour des journaux qui n’en sont pas et se contentent de reprendre les dépêches AFP telles quelles, ils ne se privent pas de critiquer! (cette année, on a assez raillé l’entrée tardive de "lol", par exemple).

Une vanne sur « LOL », je n’appelle pas cela une critique. Je maintiens qu’il n’y a eu AUCUNE critique du dictionnaire Robert. Partout, sa sortie est présentée plutôt comme un évènement médiatique et quasiment mondain. Qui a jamais critiqué la politique laxiste du dictionnaire Robert ?

 

Donc même si, effectivement, le fait qu’on parle des nouveaux mots fait de la pub aux éditeurs de dictionnaires, je ne pense pas que ce soit réllement critiquable

Je n’ai rien prétendu de tel.

 

(en plus, ça m’étonnerait franchement qu’ils offrent des encyclopédies complètes, vu le coût de ce genre d’ouvrages et la difficulté qu’ont les éditeurs à se maintenir à la surface).

Ce visiteur met tout sur le même plan. Or il y a éditeur et éditeur, comme il y a cadeau et cadeau. Je maintiens que les cadeaux coûteux sont monnaie courante, quand ils sont fait par les éditeurs puissants et en direction des grands journaux, car la publicité qui en résulte est largement payante. Prenons un exemple concret, le cadeau d’une encyclopédie, justement : il ne faut pas confondre son prix de vente, toujours élevé, avec le coût de sa fabrication, dérisoire en comparaison. Supposons que les Éditions Machintruc désirent « arroser » vingt-cinq journalistes influents pour qu’ils disent du bien de leur nouvelle encyclopédie imprimée à quarante mille exemplaires. Quelle différence de coût entre imprimer 40 000 exemplaires, et en imprimer 40 025 ? Pratiquement aucune ! Les frais additionnels sont minimes, or l’impact du petit cadeau a toutes les chances d’être juteux.

 

Pensez-vous que les journaux devraient arrêter de parler des films qui viennent de sortir ou des expositions en cours par exemple, sous prétexte que cela peut donner envie aux gens d’aller les voir? (selon votre point de vue, c’est aussi de la pub, non?)

Je n’ai jamais écrit cela, et comme souvent, le commentateur apporte dans ce qu’il lit ses propres opinions. Mais le fait de parler des films dans les médias influents, par exemple, c’est TOUJOURS de la publicité. Chaque mercredi matin, les radios parlent des films qui sortent, et n’en disent pratiquement que du bien. À la télé, sur les grandes chaînes, c’est uniquement du bien ! Je me souviens que Bruno Masure, qui présentait le Journal Télévisé sur France 2, s’était insurgé contre cette pratique d’inviter au JT acteurs et réalisateurs, dans la semaine précédant la sortie parisienne de leurs films : il affirmait que ce n’était pas de l’information, et il avait raison. En contrepartie, le présentateur de télé est invité partout, et il repart rarement les mains vides !

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