Quand le suaire reste « saint »

Publié le par Yves-André Samère

Un grand bravo à France Inter, fidèle à son habitude de considérer comme prouvées des affirmations qui ne relèvent que des mythes forgés par le Vatican. Rapportant le fait que le faux linceul de Jésus, conservé dans la chapelle royale de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, à Turin, et connu sous l’appellation de « Saint-Suaire » (sic), va être de nouveau exposé à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 23 mai, alors qu’il ne l’avait pas été depuis douze ans, le journal de 19 heures sur notre radio hélas préférée ne fait pas la moindre réserve sur sa dénomination, et surtout, se garde de rappeler, d’une part, que la datation au carbone 14 faite en 1988 a établi de manière irréfutable que cet objet était un faux datant de l’époque 1260-1390, et, d’autre part, que dès le XIVe siècle, deux évêques éminents avaient déclaré qu’en effet, il s’agissait d’un faux.

De nombreux détails permettaient, dès cette époque, de déclarer que cet objet constituait une imposture. Ne retenons que ce détail parmi des dizaines d’autres : il porte l’image de la trace des clous ayant, selon la légende, servi à fixer Jésus sur la croix, mais ces traces se trouvent à un endroit absurde, au centre de la paume des deux mains. Or la fragilité des chairs à cet endroit interdit qu’un corps puisse être soutenu par des clous ainsi plantés, car immanquablement elles se déchireraient, et nul ne contexte aujourd’hui que les Romains crucifiaient leurs condamnés en leur plantant les clous... dans les poignets ! De sorte que le fameux linceul, qui n’était probablement que le travail d’un artiste (peut-être un peu escroc), ne fait que reproduire ce qui n’a longtemps été qu’une représentation imaginée par les peintres tout au long des siècles, par simple ignorance de cette réalité anatomique.

Les deux évêques dont j’ai parlé plus haut étaient contemporains de la première apparition du linceul, l’évêque de Troyes, Henri de Poitiers, qui interdit en 1370 d’exposer ce faux, et l’un de ses successeurs, Pierre d’Arcis, en 1389, d’ailleurs soutenu par Charles VI, roi de France. Pourquoi, depuis lors, cette régression ? Pourquoi l’Église fait-elle semblant d’ignorer tout cela ? Parce que le prétendu Saint-Suaire lui rapporte des sommes substantielles, dépensées par les gogos toujours aussi nombreux. Elle fait de même à Naples, avec le prétendu sang de saint Janvier, solidifié mais qui se reliquéfie chaque année, à date fixe. Ce tour de passe-passe a été expliqué, mais le clergé fait la sourde oreille et encaisse les bénéfices.

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