Questions d’un individu stupide

Publié le par Yves-André Samère

Enfant, j’étais d’une rare et désolante stupidité. Ainsi, je ne comprenais pas comment, dans la Rome  antique, un peuple aussi avancé pouvait admettre qu’un père ait droit de vie et de mort sur ses enfants. Je ne comprenais pas pourquoi, en visite chez un camarade arabe, je n’avais pas le droit de voir ses sœurs, qu’il cachait avant que je franchisse le seuil de sa maison (peut-être parce que, moi, je n’avais pas de sœur à lui montrer ?). Je comprenais mal pourquoi, au catéchisme, on nous enseignait que Jésus, supposé fils de Dieu et infiniment bon, pouvait n’avoir jamais dit un mot contre l’esclavage, alors que, des esclaves, dans la colonie romaine où il vivait, il en voyait tous les jours – il en a même guéri un, selon le Nouveau testament.

Et puis, je ne comprenais pas comment on pouvait stigmatiser les homosexuels, ce dont mon entourage ne se privait pas. Si bien qu’un jour, je me suis brouillé à mort avec mon meilleur ami du moment. Notre conversation était tombée sur un chanteur très justement célèbre, qui, ayant pris en auto-stop un jeune homme, lui avait proposé ce que vous devinez ; et n’ayant probablement pas inventé l’eau tiède, le jeune homme en question, ulcéré, était allé à la police, si bien que le chanteur avait passé tout un mois en prison sur cette seule plainte, avant que la justice mette fin à cette absurdité. Or l’ami dont je parle avait dit que, si une telle proposition lui était faite, il irait trouver une demi-douzaine de ses copains afin de « casser la gueule » au coupable. J’avais hautement loué son sens de la modération, et l’avait complimenté sur son courage : se mettre à six ou sept contre un seul garçon, n’était-ce pas glorieux ? En somme, je ne comprenais pas ces deux points de détail : en quoi choisissait-on de préférer les garçons ou les filles, alors qu’on ne choisissait ni la couleur de ses cheveux, ni celle de ses yeux, ni celle de sa peau, ni le ton de sa voix, et n’étaient-elles pas ridicules, ces mères résignées mais se croyant admirables de tolérance, qui disaient à leur fils homosexuel, en soupirant : « Mon fils, puisque c’est là ton choix, je ne m’y opposerai pas ? » (et le moyen de s’y opposer, hypothèse ridicule ?). Autre détail incompréhensible : aimer ceci plutôt que cela, en quoi fait-on du tort à autrui ? Si je déteste les oignons cuits, ce que savent tous mes amis, cela nuit donc à quelqu’un ?

Bref, bête comme je l’étais, je n’avais pas compris qu’il faut en toute occasion être de l’avis de tout le monde. L’opinion de la majorité, n’est-ce pas le fondement de la démocratie ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ce feuilleton passe à une heure qui ne m’arrange pas. Je ne le verrai donc jamais.

Pour ce qui est des oignons, je ne comprends pas le chinois, mais plus d’un milliard de personnes le comprennent. Que conclure ?
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D
Par contre, je ne comprends absolument pas comment on peut ne pas aimer les oignons cuits.
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D
Le feuilleton "plus belle la vie" a, dans ses personnages principaux, deux jeunes hommes qui se sont mariés quand la loi a été promulguée. Depuis, leur entourage dit, par exemple "tu crois que ton
mari sera d'accord ?" ou un des deux "mon mari sera content, s'il apprend ça"... On les voit s'embrasser, vivre ensemble.
Je pense que ce feuilleton fait beaucoup plus qu'on ne croit pour banaliser une situation qui en fait devrait l'être. Ou, à tout le moins, faire réfléchir.
Les personnages sont sympathiques, en plus.
Ben oui, on peut vous lire et cependant regarder tous les soirs "plus belle la vie" !
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