Qui était Josiane Baladur ?

Publié le par Yves-André Samère

Bien que ne partageant pas ses idées politiques – il est gaulliste et chiraquien –, j’ai assez de sympathie pour Jean-Louis Debré. Sa répartie tranquille, sa façon discrète de se moquer de lui même et des gens de son bord, plaident pour lui. Je sais bien que certains humoristes ont tenté de le faire passer pour un imbécile, mais cela ne tient pas : un imbécile ne pourrait devenir, successivement, docteur en droit public, juge d’instruction, député, ministre de l’Intérieur, président de l’Assemblée nationale et président du Conseil constitutionnel. Ceux qui prétendent cela n’ont visiblement pas lu ses livres : Debré n’est probablement pas un grand écrivain, mais c’est un auteur tout à fait convenable, malgré un style plutôt neutre (et quelques petites fautes de français, il faut l’avouer), et doté d’un humour et d’un sens critique assez acide, à l’égard de sa classe sociale et de son parti politique, qu’on ne voit pas souvent.

Pas sectaire non plus : c’est lui qui a décidé de priver son ami Chirac de son salaire de membre dudit Conseil constitutionnel, et qui a envoyé à Bernadette Chirac la facture de la fête d’anniversaire de son mari, célébrée dans les locaux du Conseil – ce pour quoi elle lui voue désormais une haine inextinguible, qu’elle a laissée paraître à la télévision. Et quelqu’un qui est détesté de Bernadette Chirac ne peut pas être tout à fait mauvais.

Ayant plusieurs livres à son actif, Debré s’est mis, en 1978, à publier des romans policiers, quatre à ce jour – j’ai lu les trois premiers –, dont l’action se situe toujours dans le milieu politique. Or on a prétendu que le premier, Le curieux (un « curieux » est un juge d’instruction, en argot), contenait une moquerie envers Édouard Balladur. C’est en tout cas ce que l’on répète à l’envi chaque fois qu’on cite ce détail. En effet, l’un des personnages de ce livre, qu’il a baptisé Josiane Baladur (avec un seul L), est... une prostituée ! J’ai voulu en avoir le cœur net, me suis procuré ce livre, et l’ai lu. Or il s’avère que Josiane Baladur, qui n’apparaît qu’entre les pages 177 à 180, prostituée contre son gré, se suicide très vite, en s’ouvrant les veines « avec un petit morceau de verre ». Et Debré montre beaucoup de compassion pour elle et ses consœurs.

Avouez que, pour se payer la tête d’un homme politique, on cherche autre chose ! Et puis, en 1978, Édouard Balladur n’avait aucune activité politique, il dirigeait la Compagnie Générale d’Électricité, l’ancêtre d’Alcatel. Pourquoi Debré l’aurait-il pris pour cible ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Depuis quelques années, je suis atteint d’une infirmité : je ne crois plus ce qu’on me dit si je n’ai pas vérifié.
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D
Légende urbaine ! Rien n'y fera, on croira toujours que.
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D
J'ai toujours eu de l'affection pour Jean-Louis Debré : son subtil décalage, sa fidélité à Chirac, la haine de Nénette et parce qu'il ressemble à Francis Lemarque.
Ce dernier détail est un peu subjectif.
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J
Josiane Balasko, par contre, on sait !
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