Qui était le « boucher » ?

Publié le par Yves-André Samère

Bien, Sharon est mort après un coma de quatre ans, et on ne va pas sangloter : il incarnait la droite dure, presque ce qu’il y a de pire en Israël (n’oublions cependant pas l’extrême droite). Il y a eu mieux dans son pays en guise d’homme politique. Mais il envoie le bouchon un peu loin, ce journal qui se réjouit de sa mort et le qualifie de « boucher de Sabra et Chatila ». Car enfin, si Sharon a laissé se commettre ces massacres – dont on ignore encore le nombre des victimes, entre sept cents et trois mille cinq cents –, il ne les a ni ordonnés ni même dirigés, et ses soldats n’ont commis aucun acte de violence.

Le Liban est un pays où ne règne pas la clarté, du point de vue politique. Et tout a commencé, si l’on peut dire, lorsque Bachir Gemayel, le président chrétien de ce pays, a été assassiné le 16 septembre 1982 par un certain Habib Tanious Chartouni, un chrétien favorable aux Syriens, lesquels sont les maîtres réels du pays. Et comme on a le sang chaud dans la région, les partisans de Gemayel voulurent le venger, en pratiquant le loi du talion, fondement de la civilisation comme on sait.

Il se trouve que les chrétiens libanais ont des milices, à défaut d’armée, et leur chef, Élie Hobeika, excita ses phalangistes pour qu’ils aillent exercer des représailles à Chatila et à Sabra, qui sont deux camps peuplés de réfugiés palestiniens, à Beyrouth-Ouest. Prétexte invoqué : deux mille combattants palestiniens s’y seraient cachés, et des tirs provenant de ces camps auraient été tirés quand l’armée israélienne avait envahi Beyrouth-Ouest. Invérifiable, mais les gogos du coin sont toujours prêts à croire tout ce qu’on leur raconte, dès qu’il s’agit de taper sur les types d’en face.

Les deux camps palestiniens furent investis à la fois par les phalangistes chrétiens et par des militaires musulmans et chrétiens, commandées par un général libanais, Saad Haddad, très ami avec Israël et fondateur de l’ALS (Armée du Liban Sud). Aucune participation active du moindre soldat israélien, donc. Ce général, qui est mort deux ans plus tard, aurait donné l’ordre de ne pas s’attaquer aux civils, mais vous savez ce que c’est, dans le feu de l’action, on ne fait plus très bien la différence entre un soldat en uniforme et une femme ou un enfant. C’est humain.

Bref, dans tout ce fatras, Sharon, qui n’y était sans doute pas pour grand-chose, a été tenu pour responsable. Il faut préciser qu’une commission d’enquête, la Commission Kahane, déléguée par Israël, a enquêté sur les évènements et conclu à l’entière responsabilité des miliciens chrétiens libanais, tout en condamnant l’armée israélienne d’avoir, en quelque sorte, laissé faire en n’empêchant pas lesdits miliciens d’entrer dans les deux camps, et de n’être pas intervenue. Complicité passive, donc. Il y eut d’ailleurs une autre commission, conduite par le célébrissime Sean McBride, cofondateur d’Amnesty International (et ancien terroriste de l’IRA, il ne faut pas l’oublier), qui a refait l’enquête et a condamné Israël, « directement responsable du massacre du fait de sa position d’occupant ».

Il n’y a eu aucune sanction pénale contre qui que ce soit, ni contre les militaires israéliens, ni contre les miliciens libanais. Mais, moralement, Sharon a écopé de tout.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Le cas de Staline est bien plus complexe. Il a été séminariste, gangster, agitateur politique, homme de main, chef de parti, dictateur, homme à femmes, et bien d’autres choses encore. Lire les deux<br /> livres qu’a écrits sur lui Simon Sebag Montefiore.
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C
A l'oppose, Staline, qui a laisse les Allemands reprimer le soulevement de Varsovie en ordonnant a son armee de ne pas intervenir, n'a jamais ete accuse, ou si peu, d'etre le boucher de Varsovie<br /> (entre autres).
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