Réponse à un commentaire

Publié le par Yves-André Samère

J’ai reçu hier soir le commentaire – que je ne reproduis pas, car il est trop long – d’un lecteur, au demeurant très courtois, qui n’est pas d’accord avec ce que j’écrivais le 29 septembre au sujet de Sephora, cette parfumerie des Champs-Élysées dont les employés avaient signé une pétition afin de pouvoir travailler la nuit (jusqu’à minuit ou une heure du matin) le week-end, mais auxquels un syndicat d’ailleurs non représenté dans le magasin mettait des bâtons dans les roues, au point de faire interdire cette possibilité. Avec ma délicatesse habituelle, je cognais un peu sur ce syndicat en particulier et les syndicats en général, argüant notamment du fait que les travailleurs de ce pays se syndiquent si peu qu’on en droit de se demander en quoi les syndicats français représentent autre chose qu’eux-mêmes et surtout leurs permanents.

Je précise que je ne suis pas hostile par principe aux syndicats, puisque l’un d’eux m’a rendu un fier service, et que je lui en ai été reconnaissant. Ce à quoi je suis hostile, c’est aux oppositions de principe et ignorant les faits. Or, justement, mon honorable contradicteur ne fait aucune allusion aux faits dont je parlais (je les rappelle plus loin), et se borne à des généralités du genre « défendre mes droits acquis par les anciens dans le sang et la douleur » – je le cite. Le sang et la douleur... On reconnaît l’arme du compassionnel, couteau suisse des argumentations sans argument.

Voici les autres arguments de mon correspondant (je corrige son orthographe) :

- « Les salariés du magasin ont à l’évidence une moyenne d’âge beaucoup plus faible que l’ensemble des travailleurs. Ils ont donc moins de contraintes de fatigue due aux horaires décalés ». Ce n’est pas si évident, et je ne sais d’où sort ce renseignement.

- « Je ne considère pas, même s’il s’agit d’une conséquence historique, le dimanche comme un jour religieux, mais une journée de repos commune à un maximum de personnes ». Mais alors, pourquoi évoque-t-on sans arrêt le repos dominical ? Ce mot, dominical, vient bien de dominus, qui signifie « seigneur », non ?

- « Il est illusoire de penser que cette ouverture ait pour but de rester une exception, mais plutôt d’amorcer un plus vaste mouvement ». Ce n’est pas prouvé, et quand bien même ?

- « Dans ce cas, les syndicats tant honnis sont tout à fait légitimes de lutter pour la protection d’un acquis commun ». Cette histoire d’avantages acquis ne serait-elle pas une histoire de privilèges, un mot que les syndicats ont horreur d’utiliser ? Un autre jour, je vous parlerai du privilège accordé à la CGT au sein d’EDF, et qui a débouché sur un scandale ayant perduré quelques décennies.

- « Dans leur immense majorité, les défenseurs du travail du dimanche sont ceux qui ne le pratiquent pas ». Non prouvé. Et comment le prouver ? On n’a fait aucune enquête là-dessus.

Là dessus, mon honorable contradicteur se livre à quelques suppositions sur mon espérance de vie, ma vie familiale et mon « recueillement religieux », dont il ne sait rien et dont jamais je ne dirai un mot.

Donc, on a tenu pour rien mes arguments :

- que travailler la nuit a été réclamé par les employés, unanimes et désireux de mieux gagner leur vie. Ce fait est incontestable.

- que ce désir de voir le magasin rester ouvert est partagé par les touristes sur les Champs-Élysées. Ce fait est incontestable.

- que la direction du magasin est du même avis. Ce fait est incontestable.

- que le syndicat qui s’y est opposé n’a aucun adhérent dans la maison et donc ne représente que lui-même. Ce fait est incontestable.

- qu’il ne sert à rien de radoter « C’est la loi, c’est la loi, c’est la loi », quand la loi est manifestement devenue inadaptée, et a sérieusement besoin d’être, au mieux, modifiée, au pis, abrogée.

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