Retour aux cadenas du Pont des Arts

Publié le par Yves-André Samère

Ce matin, je suis allé traîner mes guêtres à Paris-Plage, pèlerinage auquel je sacrifie chaque année. Plaisir de relire Autant en emporte le vent, vautré sur une chaise-longue, au calme troublé seulement par les fous venus faire leur jogging sur cette piste automobile rendue aux piétons quatre semaines par an. Et, lorsque j’en ai eu assez, j’ai décidé de rentrer chez moi par le chemin le plus long, en faisant un détour sur le Pont des Arts, afin de vérifier où en était cette ténébreuse affaire des cadenas – dont je vous ai parlé il y a un mois et demi environ. En effet, l’Hôtel de Ville s’était fait oublier, depuis, et je trouvais cela suspect.

Mon détour n’a pas été inutile, et je peux vous dire que, en catimini cette fois puisque nul ne semble en avoir parlé (si je me trompe, détrompez-moi), la Mairie de Paris s’est livrée à un saccage insensé. J’explique.

Sur les cent treize panneaux grillagés que compte le pont – en laissant de côté ceux placés sur le côté est des quais, moins garnis en cadenas –, tous, absolument TOUS, et vous pensez bien que j’ai vérifié, ont été attaqués à la cisaille. Cent de ces panneaux ont vu leur grillage arraché dans la partie supérieure, sur une petite surface, et les cadenas ont été ôtés ; ce qui doit représenter environ le cinquantième de la totalité des cadenas du panneau. Restent une brèche béante et les fils métalliques pointant dans tous les sens, au risque de blesser les passants. Sur le côté est du pont, dix panneaux ont aussi été privés de leur grillage, qui a été remplacé par un autre grillage vierge, grillage visiblement neuf, dont les fils sont plus minces, histoire, sans doute, de faciliter le prochain cisaillage. Vierge, il ne l’est pas resté longtemps, d’ailleurs, puisque de nouveaux cadenas y sont apparus par génération spontanée, moins nombreux pour le moment. On a fait la même chose sur le côté ouest, mais sur trois panneaux seulement, tandis qu’un quatrième a été purement et simplement dégarni de son grillage, ne gardant que le montant métallique où il était précédemment fixé, et qui est désormais masqué par une planche !

Mais je vous entends d’ici : qu’est-ce qui te permet, graîne de courge, d’affirmer que la mairie est l’auteur du vandalisme ? Tout simplement ceci, aimable lecteur qui aime comprendre : on voit mal un vandale, ou un petit groupe de vandales, opérant nuitamment pour ne pas se faire prendre, s’attaquant à cent treize panneaux, et pour en arracher seulement quelques cadenas. Il a bien fallu un commando, forcément pourvu de l’estampille officielle.

Décidément, je ne regrette pas de m’être abstenu lors de la dernière élection municipale. Désormais, je méprise la nouvelle mairesse autant que je dédaignais sa concurrente de l’époque, vous savez bien, celle qui A-DO-RAIT prendre le métro – une découverte pour elle – et fumer une cigarette sur les quais en compagnie de clochards, une distraction sans doute enseignée par son père ambassadeur.

Je m’adresse à madame Hidalgo : Anne, si tu veux sauver le Pont des Arts, puisque c’est le prétexte bidon que tu as invoqué, frappe un grand coup, et fais supprimer la totalité des garde-fous, sa légèreté (donc sa sécurité) est à ce prix. Certes, on déplorera peut-être quelques accidents et suicides par noyade, mais Paris n’en sera que plus pittoresque, et tu auras justifié le choix de tes électeurs.

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