« Le presbytère n’a rien perdu... »

Publié le par Yves-André Samère

... de son charme, ni le jardin de son éclat.

À ce préambule, vous devinez que, la semaine dernière, j’ai achevé la relecture du roman de Gaston Leroux Le mystère de la chambre jaune. Relecture ? Non, je ne suis pas en train de vous faire le coup du « J’ai relu tout Proust durant mon week-end », ça ne prendrait pas ici. J’avais bien lu ce roman fameux vers mes dix-huit ans, mais son intrigue est excessivement compliquée, et j’ai eu l’occasion et l’envie de le reprendre, d’autant plus que le film de Bruno Podalydès, qui date de 2003, m’avait gâché le plaisir, vu qu’il faisait jouer Joseph Rouletabille par son frère Denis, lequel avait alors... quarante ans. Un sacrilège, puisque Rouletabille en a dix-huit !

Soit dit en passant, le cinéma et le théâtre français sont coutumiers de ce genre d’abus sur les personnages. Il y a deux écarts que je ne supporte pas : faire jouer un personnage très jeune par quelqu’un qui a le double – ou plus – de l’âge voulu (comme Orane Demazis en Fanny, qui avait 37 ans quand son personnage aurait dû en avoir dix-huit ; ou Cyrano, invariablement joué par des quinquagénaires, alors qu’il avait 21 ans au début de l’action), et faire jouer un garçon par une fille, ce qu’on fait régulièrement pour le garçon de treize ans qu’est Chérubin, notamment chez Mozart, dans Les noces de Figaro, ou chez Jacques Weber, qui l’a fait jouer en 2008 par son fils Stanley, alors âgé de vingt-deux ans. Avant Podalydès, ce personnage de Rouletabille avait été interprété par Marcel Simon, en 1913 (il avait 41 ans), Gabriel de Gravone, en 1922 (il avait 37 ans), Roland Toutain, en 1930 (il avait 25 ans), Jean Piat, en 1947 (il avait 23 ans), Serge Reggiani, en 1949 (il avait 27 ans), et Philippe Ogouz, en 1966 (il avait 27 ans aussi). Donc, Podalydès et Marcel Simon battaient un record de sénilité pour le rôle.

Joseph Rouletabille, journaliste, est très jeune (mais ce n’est pas invraisemblable, puisque Claude Villers a commencé au même âge), s’appelle en réalité Joseph Joséphin, ce qu’on apprend au deuxième chapitre du roman, il vit seul, et on ne connaît rien de sa famille – tout au moins au début, car on saura qui sont ses parents dans le roman qui suivra, Le parfum de la dame en noir.

Je reparlerai une autre fois du roman, de ceux qui ont suivi, ainsi que de leur auteur, que j’estime beaucoup, et me contenterai aujourd’hui de noter qu’Hergé s’est visiblement inspiré de Rouletabille pour créer Tintin, y compris dans son aspect physique. Rouletabille a été imaginé en 1907, Tintin en 1929, et leur ressemblance est frappante. Il est formidablement sympathique, l’un des héros les plus sympathiques de toute la littérature, et n’a que deux défauts : il fume la pipe, et, plus intelligent que tout le monde, il le sait ! Et après tout, « saint » Paul dit que, lorsque autrui ne vous rend pas justice, vous avez le droit de le faire vous-même...

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