Rire sur France Inter - 11

Publié le par Yves-André Samère

Ayant réussi son émission d’été, Ferme la fenêtre pour les moustiques, Laurent Ruquier, devenu une valeur sûre pour France Inter, put lancer Rien à cirer à la rentrée de septembre 1991. Ce titre provocateur était dû à Édith Cresson, qui était Premier ministre depuis mai. Lors d’un échange avec un ses collaborateurs, dans son cabinet, l’un d’eux lui avait dit que telle mesure qu’elle prenait provoquait la baisse de la Bourse, et elle avait distraitement répondu : « La Bourse, j’en ai rien à cirer ». Malheureusement, un journaliste se trouvait dans les parages et avait colporté le mot, qui fit fureur, et Ruquier le retint quelques mois plus tard.

Au cours de sa longue carrière, Rien à cirer connut plusieurs modifications. Au début, elle ne passait que le dimanche matin, de dix heures à midi – puisque le créneau horaire des jours ouvrables était toujours occupé par le Vrai-Faux Journal de Claude Villers. Jacques Ramade et Pascal Brunner faisaient partie de la nouvelle équipe, enrichie peu à peu d’une kyrielle d’imitateurs et d’humoristes, lesquels se succédèrent jusqu’au dimanche 29 décembre 1996, date de la dernière.

Ruquier, un Havrais d’origine et transfuge d’Europe 1, avait alors vingt-huit ans, et c’était un travailleur acharné, très connaisseur aussi de la chanson française, une connaissance qu’il mit beaucoup à profit pour écrire chaque jour des parodies des chansons les plus populaires, destinées à ses imitateurs. Il se révéla un producteur efficace et l’animateur hors pair d’une équipe nombreuse, tel qu’on n’en avait pas connu en France depuis Thierry Le Luron. L’esprit vif, sachant se moquer de lui-même, produisant du calembour au rythme d’une mitrailleuse, travailleur acharné, impertinent quoique sociable et plutôt généreux de ses deniers, il partageait alors avec feu Le Luron le goût du direct (peu de ses émissions furent enregistrées pour passer en différé, sinon pour se ménager des vacances et faciliter des déplacements en province) et celui de la liberté d’expression, puisqu’il laissait à ses complices une totale liberté de parole. Naturellement, cela lui valut quelques ennuis, et l’émission connut quelques dérapages, auxquels il mit bon ordre.

Rien à cirer connut un succès immédiat, et devint l’émission la plus écoutée de France Inter. Bientôt, cette radio fut la deuxième station du pays pour le taux d’écoute, après RTL, avant NRJ et Europe 1. Ce succès incita le directeur des programmes, Pierre Bouteiller, à en augmenter la fréquence, et Rien à cirer, à partir de l’année suivante, fut à la fois quotidienne du lundi au vendredi, non moins qu’hebdomadaire, puisqu’on rediffusa le dimanche les meilleurs extraits de la semaine précédente. Pour comble, la télévision fit des offres à Ruquier, et, pendant quelques mois, il y eut deux Rien à cirer par jour : à midi sur France Inter, puis en fin d’après-midi sur Antenne 2, et toujours en direct.

On en reparlera.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Exact pour Font et Ruquier.

Comme Patrick Font est un peu oublié, je vais mettre en ligne l’enregistrement complet d’une édition de « Rien à cirer », où il tient un rôle important.
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D
Pour Ruquier, je me souviens qu'il avait fourni une partie des fonds pour la caution de Patrick Font lors de ses ennuis avec la justice et les jeunes filles.
Et que lors de la rétrospective de ses adieux il avait, malgré l'interdiction de sa direction à France Inter, rendu un hommage appuyé à Patrick Font en disant qu'il avait énormément aidé à
l'installation de l'émission.
Et Philippe Val dans cette histoire de P. Font ? Qui ? Ah oui, le type qui est parti en courant, là-bas tout au fond ?
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