Rire sur France Inter - 14

Publié le par Yves-André Samère

Rien à cirer, émission mémorable de France Inter, a pris fin en décembre 1996. Ruquier a juré qu’il avait pris seul sa décision, parce qu’il finissait par s’ennuyer après plus de cinq ans de la même émission.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de noter que, cette même année 1996, en plein septennat de Jacques Chirac – le quinquennat n’est pas encore instauré –, Pierre Bouteiller a été rétrogradé du poste de directeur des programmes à celui de simple producteur ; qu’Ivan Levaï, directeur de la rédaction, a été congédié comme trop gauchisant, pour être remplacé par le navrant Jean-Luc Hees (l’audience de France Inter chuta immédiatement, et la station repassa en troisième position, derrière RTL et NRJ) ; et que le nouveau président de Radio France, Michel Boyon, un ancien du cabinet de François Léotard – et plus tard, de Raffarin –, et qui ne devait faire qu’un mandat avant d’être remplacé par Jean-Marie Cavada le 30 octobre 1998, n’était pas vraiment considéré comme un homme de gauche : la première décision de Boyon et de son directeur des programmes Jacques Santamaria fut de limoger Gérard Lefort, journaliste de « Libération » et homosexuel militant, qui assurait depuis plusieurs années un excellent magazine hebdomadaire, Passé les bornes, lequel attaquait violemment la droite au pouvoir et la Mairie de Paris. Ultérieurement, Michel Boyon devint président du CSA, l’organisme régulateur de l’audiovisuel, et il y resta jusqu’en janvier 2013.

Succédant à Boyon à la présidence de Radio-France, Jean-Marie Cavada nomma Bouteiller à la direction de France-Musique(s), et rappela Gérard Lefort pour le remplacer à l’antenne. Hélas, il plaça également Jean-Luc Hees à la direction de France Inter ! Peu gêné, ce dernier n’imita pas la décence de Bouteiller, et conserva plusieurs semaines son émission quotidienne sur la radio qu’il dirigeait désormais. Imaginons l’administrateur de la Comédie-Française profitant des subventions publiques pour faire jouer ses propres pièces sur la scène qu’il gouverne… Finalement, l’excellent et modeste Albert Algoud le remplaça, et Hees disparut de l’antenne. Provisoirement.

Pour en revenir à Rien à cirer et à sa suppression, il y avait peut-être une crise du recrutement : sitôt pourvus d’une certaine notoriété, ses protagonistes s’empressaient souvent de déserter, pour passer, soit à la télévision, soit sur une autre radio où les cachets sont plus élevés. Ce fut le cas de Pascal Brunner, Laurent Gerra, Laurence Boccolini, Virginie Lemoine. Il y eut aussi l’éviction, exigée par le même Santamaria, de Didier Porte, journaliste et humoriste cinglant, trop à gauche pour demeurer en place, et que Ruquier ne défendit guère. Bref, Rien à cirer semblait condamnée à ronronner. Elle mourut donc en pleine gloire, ce qui est la meilleure façon de mourir : Coluche, Desproges et Le Luron ne diront pas le contraire !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :