Rire sur France Inter - 8

Publié le par Yves-André Samère

La fin du Tribunal des Flagrants Délires, en 1984, fut cahotique, avec la brouille entre Villers et Desproges, et les remplacements qu’il fallut opérer. C’est sans doute ce qui dégoûta Villers, lequel partit une deuxième fois de France Inter : on lui avait proposé de créer une radio ! Le rêve, pour un homme tel que lui...

C’était en effet l’époque de ce qu’on appela fugitivement « les radios libres » – qui ne le restèrent pas longtemps, puisque, assez vite, les unes après les autres et le besoin d’argent aidant, elles durent se vendre à de grands groupes et devenir, ouvertement cette fois, des radios privées. Mais, avant cela, Villers eut le temps de mettre sur pied une petite radio, Pacific FM, qui se consacrait essentiellement aux voyages et aux musiques du monde. Elle démarra en juillet 1986, et elle émettait, au début, depuis la province, Saint-Malo, Bordeaux et Nice. Un an plus tard, ayant fédéré une douzaine d’autres radios de province, elle obtint une fréquence à Paris, mais, en dépit de la qualité de ses programmes, elle resta plutôt confidentielle, et, en 1989, on dut la revendre au groupe NRJ, qui fait dans la « musique » pour djeunz pas trop exigeants, et qui utilisera ses fréquences de province pour développer Chérie FM, et sa fréquence parisienne pour créer Rire et Chanson. Il va sans dire que Villers, qui pilota lui-même quelques séquences, n’y resta pas, et... il revint à France Inter !

Ce fut donc, à la rentrée de septembre 1988, Bienvenue au paradis, qui tentait de ressusciter le Tribunal des Flagrants Délires. À vrai dire, le mot « ressusciter » convient mal, puisqu’il s’agissait de juger... des défunts ! Toujours dans le même créneau horaire et avec un décor et des costumes, on y voyait les invités se présenter devant saint Pierre – Villers en personne –, afin qu’un jury de cinq « Bienheureux » (des spectateurs choisis avant l’émission) décide s’il devait aller au paradis, au purgatoire ou en enfer.

Outre Villers qui présidait, l’invité était présenté par son ange gardien, en robe blanche et pieds nus, incarné par une nouvelle recrue ramenée de Pacific FM, Isabelle Motrot. Jeune et charmante, elle était l’auteur de son texte, et sélectionnait les jurés avant l’enregistrement. Elle resta d’ailleurs sur France Inter après la mort de l’émission, mais plus dans une émission publique, et on en reparlera un peu. L’invité avait un défenseur, l’archange Gabriel, rôle tenu par Dominique Jamet, qui remplaçait Desproges, mort depuis peu, et un procureur, Luis-Cifer, évidemment joué par Luis Rego, le seul à ne pas revêtir une robe blanche, puisque lui avait les atours de Satan, fourche comprise.

La vérité oblige à dire que le choix de Dominique Jamet plombait un peu l’émission : bon journaliste, ce n’est pas lui faire injure que d’écrire que la fantaisie, l’impertinence, la loufoquerie nécessaire n’étaient pas ses qualités principales. Villers reconnut plus tard que, si Desproges avait survécu, il aurait tenu ce rôle, puisque les deux hommes s’étaient réconciliés, mais Desproges avait succombé quelques mois plus tôt de son cancer de la gorge.

Aussi, Bienvenue au paradis ne dura qu’une seule saison : elle s’arrêta en juin 1989.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :