Rue des Pourris

Publié le par Yves-André Samère

J’aimerais assez qu’on m’explique ce mystère : pourquoi trouve-t-on, dans nos villes, autant de rues portant le nom d’un personnage qui s’est illustré par son extrême pourriture ?

Passons sur Adolphe Thiers, le si bien prénommé, massacreur de la Commune de Paris, et qui a ses rues, ses avenues et ses places dans presque toutes les villes de France. Je renonce, parce que c’est trop politique pour moi, à tenter de m’autopersuader que c’est normal de glorifier un type qui détestait à ce point la classe ouvrière, on va me rire au nez en disant que la classe ouvrière, ça n’existe plus, et que le dernier socialiste qui a serré la main d’un ouvrier a été Pierre Mauroy. Mais au temps de Thiers et des Versaillais, elle existait encore, la classe ouvrière...

Prenons plutôt un autre exemple : longtemps, dans le quinzième arrondissement de Paris, il a existé une rue Alexis-Carrel. Or je connais quelqu’un que cela révoltait que l’on commémore ainsi un eugéniste patenté, dont les recommandations « purificatrices » PRÉCÉDÈRENT le passage à l’acte des nazis dans le pays voisin ; il prêta la main, d’ailleurs, à l’extermination des Juifs et des Tziganes, et à la persécution des homosexuels, ainsi qu’à l’élimination, par « non-alimentation », des malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques. Or, jusqu’en 2002, il y eut donc à Paris cette rue portant le nom de Carrel, et le citoyen dont je parlais écrivit à Chirac, alors maire de Paris, pour le prier de la débaptiser. Chirac répondit (ou plutôt, fit répondre par une sous-fifre) que la Ville entendait ainsi rendre hommage à un scientifique qui avait eu le Prix Nobel « de physiologie ou de médecine » (sic) en 1902.

Rebuté, notre homme renouvela sa tentative quand Tiberi succéda à Chirac, avec le même succès.

Alors il proposa qu’on baptise une rue du nom d’Adolf Hitler. Pour rendre hommage au peintre paysagiste.

Quand Delanoë leur succéda comme maire de Paris, enfin, il voulut bien faire ce qu’il fallait. Depuis le 24 mai 2002, elle s’appelle rue Jean-Pierre-Bloch, du nom de l’ancien président de la LICRA.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ce choix de ces noms dont nous ne voudrions pas est une conséquence du régime politique en France : tous les cinq ou six ans, on nous invite à voter, puis, cela fait, nous n’avons plus droit à
la parole – sauf à nous répandre dans les rues en cassant tout.

Les Suisses, dont on dit tant de mal, sont un peu plus avisés. Ils ont un système de référendum, la « votation », qui leur permet de s’exprimer plusieurs fois par an, sur tous les sujets.
Et le résultat de leur choix DOIT être appliqué.

Rien à voir avec le système Sarkozy, où l’on exhumait des lois... qui existaient déjà, et où on ne les appliquait pas !
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Y
Je transmets à Bertrand et à celle qui va hériter de sa couronne. Cette liste va les allécher.
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D
Sur la belle Ile d'Oléron, vous trouverez la rue des Cloportes, des Satanités, de la joie , de l'Oubli, de la Bosse, de la Miette et bien d'autres qui n'honorent ni ne déshonorent personne.
Votre maire pourra peut être s'en inspirer?
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T
Merci pour votre billet.
Cette propension à encenser des pourritures (pardon pour l'euphémisme) est mise en lumière par Etienne Liebig dans sa rubrique "Débaptisons-les!" dans Siné Mensuel (on y avait déjà droit dans Siné
Hebdo). Il propose à chaque fois un remplaçant potentiel.
Il est sûr que même s'il s'agit d'un aspect symbolique, les noms choisis disent toujours quelque chose de ce que notre patrie choisit de favoriser — en tout cas de ce qu'elle prétend favoriser.
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