Si j’écrivais un roman...

Publié le par Yves-André Samère

Si j’écrivais un roman, je ne le situerais pas à notre époque. J’éviterais ainsi la description d’un monde assez vulgaire, peuplé de gadgets sans âme (téléphones mobiles, smartphones, lecteurs MP3, caméras de surveillance, codes d’entrée dans tous les immeubles, boîtes vocales, appareils photo inclus dans les téléphones, et j’en oublie certainement). J’éviterais aussi les personnages n’ayant que vingt-cinq mots de vocabulaire, proférant sans cesse des C’est clair et des incontournable, et terminant toutes leurs phrases par un Voilà ! péremptoire et dépourvu de sens. Mes personnages à moi diraient commencer au lieu de démarrer ou débuter, parleraient de travailler, non de bosser. Ils sauraient qu’un copain ou une copine, ce n’est pas la personne dont on partage l’existence, mais un simple camarade ou un collègue proche. Et ils ne se feraient pas une bouffe, ils mangeraient, tout simplement.

La télévision serait absente de mon roman, et si mes personnages allaient au cinéma, ce ne serait pas pour y voir un film de Luc Besson, de Judd Apatow ou de Quentin Tarantino, encore moins en 3D. On n’y rencontrerait ni bobo ni néo-facho, et personne ne se régalerait en écoutant du rap ou de la techno, ni n’obligerait autrui à en entendre.

Naturellement, personne n’y conduirait un 4×4, ne se droguerait ni ne fumerait le cigare ou la marijuana. En contrepartie, j’éviterais de casser les pieds de mes lecteurs en leur infligeant des leçons de morale écologique, et ni le réchauffement climatique ni la couche d’ozone n’auraient le droit de pointer leur vilain nez dans mes pages.

Mais, ainsi défini, mon roman n’aurait aucune chance d’être lu, pas même par un éditeur. Je n’écrirai donc pas de roman.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

Moi, supprimer un commentaire qui dit du bien de ma (très importante) personne ? Ce serait une révolution...

Blague à part, si notre époque est vulgaire, et d’un pénible qui dépasse les limites acceptables, laissant présager un avenir à l’horizon bouché, je pense que celle qui se prêtait le mieux au
roman, c’était celle qui couvrait la période Pompidou-Giscard. On avait le Trou des Halles et la construction du Pompidolium, Bokassa et ses diamants, et ce trio de grands amuseurs, Coluche,
Desproges et Le Luron. Pas encore d’ordinateurs personnels, pas de téléphone portable, pas de télé « à la carte » ni de « télé-réalité », le monde était presque vivable, à ce
que disent les anciennes chroniques. Aujourd’hui, nous sommes au bord du gouffre et tout près de faire un grand bond en avant.


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D

You are fishing for compliments !
Pour ne pas faire de roman avec 4x4, téléphone portable, langage SMS etc. il suffit d'écrire un roman se passant avant les années 80. Et, quitte à ce que vous ne publiez pas ce message, vous en
avez le talent. Non mais.


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Y

Après vous, je vous en prie ! Je n’ai aucun talent particulier, et je ne connais pas Philippe Sollers. Sans ça, ce serait chose faite.


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