Sire, votre majesté...

Publié le par Yves-André Samère

Le dernier film de Michel Ocelot, Les contes de la nuit, est splendide comme tout ce que fait cet artiste. Ses décors sont une merveille, ses personnages, réalisés en papier découpé, possèdent une élégante simplicité rarement vue au cinéma, et ils parlent avec une voix fraîche (du moins les jeunes) et une diction impeccable, que même à la Comédie-Française on pourrait envier.

Un seul minuscule défaut, dont personne ne s’aperçoit dans le public de roturiers qui fréquente les salles obscures : l’un des six jeunes personnages masculins s’adresse à un roi en lui disant « Majesté ». Et cela, c’est à la fois une faute de protocole et une faute contre la logique. En effet, la majesté est une qualité attachée (automatiquement, selon le protocole) à la fonction royale ; ce n’est pas une personne. Il est donc absurde de désigner une personne par un nom de qualité.

Il n’est pas le seul, d’ailleurs. On peut en dire autant de : bonté, hauteur (et ses équivalents éminence et altesse), noblesse, excellence, rayonnement, beauté (et son équivalent splendeur), et ainsi de suite.

Prenons plutôt un exemple : supposons que vous rencontriez une personne dont vous estimez qu’elle est pleine de noblesse. Allez-vous lui adresser la parole en l’appelant « Noblesse » ? Non, c’est idiot. Mais vous pouvez lui dire « Votre noblesse daignera-t-elle se risquer dans ma pauvre demeure et accepter une trop modeste tasse de l’exécrable thé indigne d’elle que lui préparera ma misérable épouse ? ».

Autrement dit, les noms de qualité ne peuvent s’employer qu’à la troisième personne. Un ministre peut posséder de l’excellence, un cardinal peut incarner l’éminence, ils ne sont pas eux-mêmes l’éminence ou l’excellence !

Bref, à un roi, on dit « Sire », et rien d’autre. À une reine, on dit « Madame », et rien d’autre. Et au premier venu, si on s’appelle Sarkozy, on dit « Pauv’ con ».

Si vous ne me croyez pas, demandez à la reine d’Angleterre. Elle sait.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J

Stéphane Bern, sors de ce corps !


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