Sourds, écoutez-moi !

Publié le par Yves-André Samère

J’ai un oncle très âgé, et sourd. Puisque je vis à Paris, comme tous les gens qui se respectent et qui attendent quelque chose de la vie, alors que lui, le malheureux, vit à Toulouse, nous ne nous parlons que par téléphone. Vous avez déjà conversé au téléphone avec un sourd ? L’horreur, ainsi que radotait Marlon Brando dans Apocalypse now.

Hier, il m’a appelé (mon oncle, pas Marlon Brando), et la conversation, si je puis l’appeler ainsi, a été assez longue. C’est vous dire si j’ai souffert. Mais je ne me plains pas, il me faut bien expier les errements de ma vie dissolue, alors même que mon athéisme invétéré m’interdit toute possibilité de conversion qui fasse de moi un nouveau saint Augustin.

Or il se trouve que j’avais quelque chose à lui dire, mais que je ne suis jamais parvenu à placer un mot. J’avais beau tenter de l’interrompre par des « S’il te plaît, oncle Marcel, cesse de parler, écoute-moi une minute », rien à faire, c’était aussi efficace que de, euh... souffler dans une contrebasse (j’avais une autre expression en tête, là, présentement, mais mon amie Nadine Morano lit par-dessus mon épaule le texte que je suis en train de taper, et je ne veux surtout pas la choquer, vous la connaissez, elle est tellement distinguée...).

Bref, j’ai abandonné, et, après une demi-heure passée à ce dialogue (?) de sourd(s), nous avons raccroché l’un et l’autre en nous souhaitant bien des choses, moi ayant tout appris sur son état de santé, lui n’ayant rien appris sur le mien. Et je restais donc avec, sur le cœur, ce que je n’avais pas réussi à dire à mon cher oncle.

Mais j’ai immédiatement trouvé la parade, et je vous file le tuyau, pour le cas où vous connaîtriez l’infortune d’avoir un sourd dans votre famille ou dans vos relations. Voici : j’ai laissé passer quelques minutes, et, comptant sur la chance, j’ai rappelé le numéro de téléphone de mon oncle. La chance m’a souri : il n’était plus chez lui ! Quoi, vous étonnez-vous, c’est donc une chance, qu’une personne à laquelle on veut parler ne soit PAS chez elle ? Mais si, puisque son répondeur s’est déclenché au bout de trois ou quatre sonneries, et que j’ai pu dire enfin ce que j’avais à communiquer au cher homme.

Et le truc a fonctionné ! En effet, on n’interrompt jamais un répondeur qui régurgite les messages que vous laissent vos correspondants. Une demi-heure plus tard, mon oncle m’a rappelé pour me remercier de lui avoir appris ce que je tenais à lui communiquer. D’où je conclus que je me resservirai de cette astuce à la prochaine occasion.

Moralité : on ne peut parler aux sourds que s’ils sont absents. Je vais essayer avec Jacques Chirac.

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