Souvenirs : rien avant cinq ans ?

Publié le par Yves-André Samère

Il y a deux ou trois ans, un inconnu venait ici régulièrement, et déposait des commentaires à la fois péremptoires et succincts. J’ignore tout de lui, sinon que j’ai découvert qu’il tenait un site, sur lequel il disait de moi, à la fois, que j’étais ignare... et qu’il m’adorait.

Je me fiche bien d’être adoré ou détesté par de complets inconnus. Quant à mon ignaritude, comme dirait Ségolène Royal, je la reconnais bien volontiers, mais il faut mettre un bémol à ça. En fait, la seule qualité que je me reconnaisse, c’est ma mémoire, qui n’est pas loin d’être un peu à part : lorsque j’apprends une chose, et sous réserve qu’elle m’intéresse, je ne l’oublie plus jamais. J’ai donc entassé un sacré fatras de données qui ne vous serviraient probablement à rien, comme la méthode permettant d’extraire à la main une racine cubique, ou celle déterminant la note que donne une cloche en fonction de son poids. Rien que des connaissances indispensables, donc.

Si je vous entretiens de tout cela, ce n’est pas pour me faire mousser – quoique l’autopromotion soit très en vogue en ce moment –, mais pour tordre le cou à une de ces idées reçues qui ont ma faveur parce qu’elles me fournissent des thèmes pour ce bloc-notes : qu’il serait impossible de se souvenir de ce qui nous est arrivé avant un certain âge, qu’on fixe en général à cinq ans. Je ne sais sur quoi repose cette idée, que rien ne justifie scientifiquement. Soyons clair, une opinion qui ne s’appuie sur aucun évènement avéré, elle est bonne pour la corbeille à papier, serait-elle une théorie scientifique ! Le propre d’une théorie scientifique étant d’être réfutable quand elle est contredite par un FAIT.

En ce qui me concerne, cinq ans, c’est l’âge que j’avais lorsque mon frère est né, c’est aussi l’âge où j’ai appris à lire – tout seul –, et je me souviens parfaitement des années qui ont précédé. Je viens de voir un film sur Noam Chomsky, dans lequel il raconte que son premier souvenir remonte à l’âge d’un an et demi, et je le crois volontiers, car j’ai, pour ma part, des souvenirs remontant encore plus haut : à l’âge d’un an. Je vois mon grand-père, dans le salon d’une grand-tante, photographiant ma famille ; ainsi que moi-même, en compagnie d’une autre tante, dans un jardin public de la grande ville où nous habitions, fasciné par... le système d’arrosage des plates-bandes. En prime, je revois encore le premier film que j’ai vu, mais un peu plus tard, quand j’avais deux ans et demi, dans une petite ville de garnison, sur un autre continent que celui où je vis à présent. Ces souvenirs, dont on prétend souvent qu’ils ont été « reconstitués » d’après ce qu’on nous a raconté ultérieurement, ne reposent sur aucun récit,  car on ne m’a rien raconté là-dessus, et des mots entendus ne peuvent créer des images.

Précisons que je me fiche également d’être cru ou pas. Les choses sont ce qu’elles sont, et je ne gagnerais rien en racontant des fables. Ce qui m’intéresse, c’est de ne pas répéter comme un perroquet ce que tout le monde dit... et croit !

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