Tant qu’on avait la Santé...

Publié le par Yves-André Samère

... On pouvait encore y envoyer Gaston Flosse. Mais, à 82 ans et n’ayant raté aucune magouille, PUISQUE, tout au long de sa carrière, il a bénéficié de la protection de Chirac, il n’a jamais fait un seul jour de prison. Et la Cour de Cassation, tout en lui infligeant une interdiction de se faire élire pendant trois ans, ce qui doit être terrible à son âge, lui a concédé le sursis pour ses peines de prison.

(Rappelons à ceux qui n’étaient pas là que la justice française a naguère envoyé en taule une mère de famille qui, ne pouvant nourrir ses enfants, avait volé dans un supermarché un pack de six yaourts)

Mais parlons plutôt de la Santé. Je connais assez bien le site de cette prison, sans jamais y être entré, et je ne vais pas faire semblant de le regretter. On a beaucoup dit qu’elle se trouvait au centre de Paris, ce qui est inexact, car elle est à plus de deux kilomètres à vol d’oiseau de Notre-Dame, et se trouve dans un arrondissement périphérique, le quatorzième, plus au sud que l’Observatoire ou l’Hôpital Cochin. Figurez-vous un enclos de pierre brunâtre, en trapèze isocèle, dont les murs parallèles longent la rue de la Santé pour le plus long, et la courte rue Messier, quatre-vingt mètres à peine – seulement la longueur du mur ouest. Sur ces deux rues s’ouvrent les seuls portails, celui réservé aux visiteurs rue Messier, celui permettant le passage du panier à salade qui amène les pensionnaires, rue de la Santé. Les deux autres murs, rue Dolent et boulevard Arago, n’ont aucune ouverture, et tout le lieu est globalement assez sinistre.

Mais il y a un détail que nul ne semble avoir signalé. Ne vous étonnez pas de ma part s’il a un rapport avec le cinéma : dans les films, il existe un cliché récurrent, celui du prisonnier enfin libéré, et qui, à peine sorti, se précipite au bistrot d’en face pour y boire son premier verre ou son premier café d’homme libre : on a vu dix mille fois ce genre de scène. Eh bien, à la Santé, c’est impossible, car il n’y a pas de « bistrot d’en face ». Rien que des immeubles d’habitation. Pour trouver un café, le Val Royal, il faut remonter la rue de la Santé jusqu’au boulevard de Port-Royal, à un demi-kilomètre de là.

Avouez que c’est décourageant. Rien que ça vous ôte l’envie de prendre pension à la Santé.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :