Traduire, oui, mais quoi ?

Publié le par Yves-André Samère

Je m’amuse souvent à faire des traductions de textes anglais – et vous verrez bientôt ici un des résultats de cette innocente activité –, en gardant constamment à l’esprit le principe énoncé par Nabokov : autant que faire se peut, traduire littéralement, ne pas chercher à interpréter, encore moins à adapter ce que l’auteur a voulu dire. Autre principe, il est plus utile de bien connaître la langue servant de cible que la langue qui sert de source. Autrement dit, si vous traduisez de l’anglais vers le français (comme c’est mon cas, je le répète), mieux vaut connaître le français que l’anglais. Évidemment, c’est un peu paradoxal, mais en réfléchissant, on constate que c’est juste : trouver le sens d’un mot ou d’une expression, voire d’une tournure idiomatique propre à la langue de départ, c’est faisable, les ouvrages de référence foisonnent pour vous y aider ; mais l’exprimer convenablement, en français dans le cas présent, cela ne supporte pas la médiocrité.

Et il y a aussi les cas particuliers, qui peuvent s’avérer très curieux. Ainsi, je me souviens de ce centre culturel ivoirien qui avait programmé The African Queen, le film de John Huston, mais qui, vanité africaine aidant, avait traduit le titre et affiché « La reine africaine » au fronton de sa salle de cinéma. Apparemment, la traduction est exacte ; en vérité, elle est mauvaise, car... on ne traduit pas les noms de bateaux, et ce titre est précisément le nom du bateau possédé par Humphrey Bogart et sur lequel il s’embarque avec Katharine Hepburn. De même, on ne devrait pas traduire les noms de ville, et j’aurais pu dire au directeur de ce centre culturel ivoirien qu’un port de son pays s’appelle San-Pedro, et que personne n’a jamais désigné cette ville par « Saint-Pierre » ! Que diriez-vous de quelqu’un qui, revenant de Californie, déclarerait qu’il a beaucoup admiré ce pont, la Porte d’Or, à Saint-François ? Ou d’un autre touriste, préférant l’Amérique du Sud, qui vous révèlerait que la capitale de l’Argentine s’appelle « Bons Airs » ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D

Tsst, pas les Alpes, des rochers.
C'était déjà assez stupide ! J'imagine la tête du prof qui a corrigé ma copie. N'empêche, c'était bon, le latin. Cela vous apprend le pont entre deux langues, la recherche dans un dictionnaire (et
les citations traduites dans le Gaffiot qui faisaient avancer la traduction), les racines des langues latines. Cela pendant 7 ans. Cela vous suit toute la vie.
Mais à quoi ça sert, voyons ? A rien, il paraît.


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Y

Quand j’écris « on ne devrait pas traduire les noms de ville », je sous-entends évidemment les noms qui ont un sens particulier, comme San Francisco ou Buenos Aires. Pour le reste, que
les anglophones écrivent « Marseilles » et que les Italiens disent « Parigi », je m’en fiche un peu.

En revanche, faire fondre les Alpes, avec du vinaigre ou autre chose, j’en serais plutôt partisan, car je déteste la montagne (c’est pourquoi je n’ai pas mis ma fortune en Suisse). Mais aussi la
mer. Et je ne dis rien de la campagne. Et ne me répliquez pas avec la blague de Belmondo dans « À bout de souffle », s’il vous plaît !


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D

Et c'est le plus difficile : trouver le bon mot ou la bonne expression dans la langue vers laquelle on traduit. Le pire que j'ai eu à faire : traduire de l'anglais vers le français des lignes
d'instructions techniques (sur un appareil électronique) devant tenir en 16 caractères. Rétrospectivement j'ai plaint les usagers.
Comme j'ai réussi à faire fondre des rochers des Alpes par Hannibal et ses éléphants, à l'aide de... vinaigre. Là, c'était du latin vers le français.


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T

Les villes de Londres, Moscou, Cologne n'existent pas en dehors de France.

Et il y a pire. Je me suis renseigné récemment sur une ville de Carélie qui s'appelle Vyborg. C'est une ville fondée par les Suédois sur un territoire ethniquement et historiquement Finnois, et qui
est aujourd'hui en Russie.

Faut-il prononcer à la russe en faisant rimer ça avec "morgue", faut-il employer le nom finnois (Viipuri) ou bien la prononciation originale (Vibory) ?

Typhon


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