Triomphe (mérité) de « Breaking bad »

Publié le par Yves-André Samère

Grande fiesta médiatique la nuit dernière à Los Angeles : on décernait des prix aux séries télévisées. Cela s’appelle Emmy Awards, et je suis assez satisfait de voir que Breaking bad a écrabouillé ses concurrents (cinq nominations), à commencer par le très surestimé Game of thrones, ainsi que le sinistre True detective (une seule récompense). Je suis très rarement d’accord avec les divers prix, comme ceux décernés au festival de Cannes qui bat tous les records de ridicule, mais là, rien à dire, c’est mérité.

Breaking bad, je l’ai connu avant tout le monde, y compris avant le public des États-Unis : j’avais été invité à la présentation des deux premiers épisodes, dans un cinéma du Quartier Latin (décoré par Catherine Deneuve, si-si !), bien avant que la série soit diffusée où que ce soit. Cette présentation servait de test : fallait-il poursuivre la production ? Invité à voter, j’avais été très favorable (mais non, bande de malveillants, je ne suis pas en train d’écrire que c’est grâce à moi qu’on a continué le tournage !).

Il faut dire que l’histoire était assez anticonformiste : un professeur de chimie d’Albuquerque, marié et père d’un grand garçon handicapé, apprend que lui-même a un cancer qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Comment subvenir aux besoins de sa famille ? En se servant de ses compétences pour fabriquer la meilleure amphétamine possible. Il se lance dans cette louable industrie, qui fera sa fortune, secondé par un de ses anciens élèves, Jesse, un cancre inculte qui, peu à peu, va devenir à la fois son ami et un bon chimiste.

Au fil des années, il va guérir de son cancer, être harcelé par d’autres trafiquants auxquels il coupe l’herbe sous le pied, être mêlé à plusieurs meurtres, triompher de tout, se brouiller à mort avec Jesse, et... mourir dans la dernière scène. Qualité de cette histoire : on n’y parle jamais de la mafia. C’est reposant. Et raconté avec une maîtrise qu’on ne voit pas souvent, preuve de ce paradoxe qu’aujourd’hui, la télévision a dépassé en qualité le cinéma !

L’acteur principal, Bryan Cranston, qui a cinquante-huit ans, a débuté en 1968, donc à douze ans, et a fait une longue carrière à la télévision, avant de connaître la célébrité dans un rôle comique, le père de famille aussi incompétent que farfelu du feuilleton Malcolm in the middle (en français, simplement Malcolm), une série de 151 épisodes qui ne respectait rien et qui m’avait fait bien rire. Son complice dans Breaking bad est Aaron Paul, très bon acteur.

Et, comble de bonheur, la série a été fort bien sous-titrée pour la France, et c’est rarissime, par de gentils pirates que je remercie ici. Je connais leur adresse, mais je la garde pour moi, vu que la police de la pensée a l’œil, même si Aurélie Filipetti, qui se croyait ministre de la Culture, a pris la porte.

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