Tropiques : danger pour le moral !

Publié le par Yves-André Samère

Vous connaissez probablement Glenn Gould, grand pianiste classique canadien, né et mort à Toronto (1932-1982). Spécialiste de Bach et de certains modernes, assez intéressé par la technique pour avoir théorisé sur la quadriphonie, il ne jouait jamais Chopin (il ne l’a fait qu’une fois dans sa vie, et a dit qu’alors il « chopinisait »). C’était un surdoué (il ne travaillait pas son piano, il lui suffisait de s’exercer une fois par mois environ !), et un génie aussi sur le plan cérébral. Il a fait des émissions de radio, des films de court-métrage, et avait la manie de chantonner en jouant – ce qui se retrouvait sur ses enregistrements. Il avait d’ailleurs abandonné en 1964 les concerts en public, qui ne le satisfaisaient pas, et enregistrait donc des masses de disques.

Probablement autiste, Gloud, qui aimait l’isolement mais pouvait parler de tous les sujets, a donné en juin 1973 une interview de six heures, en deux parties, à une semaine d’intervalle et... au téléphone (!), au journaliste Jonathan Cott, qui travaillait à « Rolling stone » – lui-même très cultivé. Ces interviews ont été publiées, et je suis en train de les lire. Or, dans la seconde partie, il dit quelque chose de très intéressant concernant les pays méridionaux, un inconvénient que j’ai moi-même expérimenté. « C’était une question de qualité de lumière, de nuits qui tombaient brusquement, par exemple. J’étais très déprimé, et cette dépression retombait sur ma façon de jouer. Au contraire, le meilleur mois de ma vie, [...] je l’ai passé à Hambourg ». Pourtant, il était très frileux.

Et c’est exact, notamment dans les pays tropicaux, où les deux crépuscules quotidiens se réduisent à peu de temps, surtout si on est près de l’Équateur : le passage du jour à la nuit est assez brusque, et vous prive ainsi de la transition qui permettrait de s’habituer progressivement à l’obscurité. L’autre crépuscule, celui du matin, agit moins sur votre humeur, pour la raison évidente que vous y assistez rarement. Vous ne risquez pas cela si vous vous trouvez à Copenhague ou Amsterdam, capitales que j’adore.

Je sais, cette remarque de Gould a l’air d’une blague, mais quand on en a fait l’expérience, le phénomène est tout à fait réel. Tout de même, que ce soit un musicien qui en parle, c’est surprenant. Ce doit être cela qui pousse les gens à devenir alcoolique sous les Tropiques. Je vous conseille donc de ne jamais y mettre les pieds.

(Mais non, je ne suis pas devenu alcoolique)

Publié dans Curiosités, Culture, Physique

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
C’était une chaise, fabriquée je crois par son père, et qu’il traînait (la chaise, pas son père) dans tous ses déplacements. À la fin, c’était une vraie ruine, qui grinçait et affolait les
ingénieurs du son.
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D
Il avait aussi une autre (petite) particularité : son tabouret de piano était réglé très bas.
J'ai beaucoup aimé Berlin, avec cette sorte de crépuscule très long, tout en douceur, comme son aube. C'était en juin.
Peut-être rien à voir, mais nous avons un chat, très âgé, qui miaule longuement tous les soirs lors du passage à la nuit. Le vétérinaire nous a dit que c'était normal, le chat a un
dysfonctionnement dû à l'âge. Il est désorienté pendant le crépuscule. Donc ce n'est pas innocent.
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