Trucs et astuces pour dictateur

Publié le par Yves-André Samère

Dans l’Ancien testament, livre d’Ezéchiel (l’un des plus ennuyeux de la Bible), chapitre 6, verset 8, on peut lire une curieuse imprécation du prétendu Éternel envers ses ennemis – les Juifs, comme toujours, ce qu’on se garde de trop crier sur les toits, pour ne pas écorner la réputation de bonté du Très-Haut. Après avoir promis, quatre versets plus haut, « Je ferai tomber vos morts devant vos idoles. Je mettrai les cadavres des enfants d’Israël devant leurs idoles. Et je disperserai vos ossements autour de vos autels », il ajoute : « Mais je laisserai quelques restes d’entre vous, qui échapperont à l’épée parmi les nations, lorsque vous serez dispersés en divers pays ».

Donc ce Dieu, dont on vante sans cesse la bonté, massacre son cher peuple élu, mais il en laisse échapper quelques-uns.

Cela m’a rappelé le comportement de certains dictateurs sanglants, qui, après avoir emprisonné leurs opposants et les avoir parfois fait torturer abominablement, décident un jour de les libérer. Cette méthode étonne souvent les novices en politique, qui se demandent par quel raisonnement bizarre ces tyrans en sont venus à ouvrir la cage de leurs victimes, sachant bien qu’ensuite, les nouveaux libérés iront raconter partout comment on les a traités : ne serait-il pas plus simple de les faire disparaître ?

J’ai posé la question à un représentant d’Amnesty International, qui s’est étonné de mon étonnement. « Mais, m’a-t-il répondu, ce truc fait partie d’une politique consistant à répandre la terreur, afin que les populations se tiennent tranquilles ! ». Et, en effet, quand votre voisin raconte comment on lui a infligé le supplice de l’électricité ou de la baignoire, vous perdez l’envie de jouer les opposants, et vous vous tenez à carreau. C’est ainsi qu’Hassan II, le roi du Maroc que j’ai cité récemment pour autre chose, avait fait emprisonner l’opposant Moumen Diouri (ce fou voulait que son pays devienne une république !), et l’avait fait torturer par le général Oufkir dans les caves de la Sûreté, à Rabat. Puis on avait relâché Diouri, qui s’était empressé de raconter tout cela dans un livre publié en France, Réquisitoire contre un despote. Or le peuple marocain ne s’était pas répandu dans les rues, il s’était au contraire tenu un peu plus peinard, n’ayant pas envie de goûter aux délices de la torture oufkiresque (par exemple, on vous fait au couteau une entaille sur le flanc, et on introduit dans la plaie une pastille de sel. Diouri a raconté qu’il aurait alors donné un œil en échange d’une goutte d’eau).

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