Un bon titre, c’est capital

Publié le par Yves-André Samère

Les titres donnés aux œuvres artistiques, selon moi, sont très importants, car ils devraient donner envie au public de les voir, de les lire ou de les entendre. C’est pourquoi je suis toujours surpris de constater que de grands artistes, voire des génies, attribuent à leurs œuvres des titres d’une banalité navrante – j’ai failli écrire « obscène ». Le pire étant ces titres uniquement composés du nom du personnage principal, et j’en connais des centaines : un jour, je m’amuserai à faire une liste. Qui donc aurait envie d’aller voir (ou de lire) une pièce intitulée Marion de Lorme ou Othon, de lire un livre intitulé David Copperfield ou Oliver Twist, de voir un film qui s’appelle Toni ou Laura, d’assister à un opéra intitulé Carmen ou un ballet platement appelé Giselle, et ainsi de suite ?

(Je sais bien que ces œuvres ont acquis à la longue leur notorité, et que plus personne ne les remet en cause ni ne songe à contester la platitude de leur titre. Mais après combien de temps ? Si elles sont devenues célèbres, ce n’est certainement grâce à leur titre)

Inversement, il y a des titres qui excitent votre curiosité et vous poussent à voir le film ou la pièce, voire à lire le livre. Je pense que Le médecin malgré lui est un très bon titre, car on est rarement médecin malgré soi et qu’il faut justifier cela par une histoire ingénieuse, de même que Le bourgeois gentilhomme, puisque ce titre est un oxymore qui retient l’attention.

L’un des meilleurs films tournés par Humphrey Bogart s’appelle The “Caine” mutiny. Ce titre est parlant, et comme l’affiche montrait un navire, tout le monde comprenait qu’on assisterait à une mutinerie sur un navire de guerre, le « Caine » (il s’agissait d’un dragueur de mines). Donc le public s’attend à voir une mutinerie, et il y assiste effectivement, tout comme il avait vu une mutinerie dans Mutiny on the “Bounty”, autrefois. C’est donc un bon titre, car il incite les spectateurs à anticiper l’intrigue, et c’est la base même du suspense. Or les distributeurs français du film avec Bogart ont voulu jouer au plus fin, et ils l’ont baptisé, pour la France seulement, Ouragan sur le “Caine”. Dans leur esprit, c’était astucieux, puisqu’on jouait sur les deux sens possibles du mot ouragan : perturbation climatique d’une part, conflit psychologique d’autre part (pensez à « tempête sous un crâne »). En fait, ce fut une erreur de jugement, car, privé de la notion de mutinerie, le public français a imaginé qu’il s’agissait d’un bateau agité par gros temps, et le film n’a pas eu tout le succès mérité.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Oui. Mais parfois, on fait l’erreur en adaptant un livre au cinéma. Ainsi, Herman Melville avait écrit « Billy Budd, foretopman ». C’était attirant, parce que peu de gens savent ce
qu’est un gabier de misaine, et donc on avait envie de savoir. Or, quand Peter Ustinov a porté le roman à l’écran, il a seulement gardé « Billy Budd ».

Résultat : le film, pourtant excellent, a fait un semi-bide. Les gens sont allés le voir pour Terence Stamp surtout.
Répondre
D
Les illusions perdues,
La légende des siècles,
A la recherche du temps perdu,
Nuit et brouillard,
Voyage au bout de la nuit,
Sont-ce les titres ou le contenu qui les rendent si évocateurs ?
Sûr que les "Rougon Macquart" ce n'est pas tout à fait pareil !
Répondre