Un homme « frustre » ?

Publié le par Yves-André Samère

Je me marre, et je suis assez content, car j’ai eu aujourd’hui la confirmation de ce que j’avance depuis des années : que les gens de cinéma en général et les acteurs en particulier sont, à quatre-vingt-dix-neuf pour cent, des incultes, des ânes bâtés et des gens qui ne remettent jamais en question leurs connaissances. Naturellement, je mets à part Vincent Lindon, qui, ce matin sur France Inter, a été éblouissant de sincérité, de modestie... et de correction sémantique.

J’ai ainsi vu en salle une bande-annonce pour un film à sortir de Catherine Breillat, cette réalisatrice dont toute la philosophie tient en six mots : « Tous les hommes sont des salauds ». Ce qu’elle illustre en mettant en scène des salauds, bien entendu, et dans des films plutôt pornos. J’ai rendu compte de deux de ces films – dont je ne donnerai pas le titre –, et je compte pas trisser. Tout en me demandant néanmoins comment elle s’arrange pour trouver le financement de ses œuvres, puisque toutes font un bide presque à coup sûr, et que la télévision ne les reprend pour ainsi dire jamais.

Bref, dans cette bande-annonce, on entend Isabelle Huppert dire cette réplique, que, selon mon habitude, je retranscris sans y changer une syllabe : « C’est l’histoire d’un homme un peu frustre qui tombe amoureux d’une star ».

« Frustre »...

La langue française compte bien un verbe frustrer, qui signifie « priver indûment » ; mais d’adjectif frustre, non, mille regrets, ça n’existe pas. De toute évidence, les ignares qui vous balancent ce mot dans les tympans ont mélangé rustre et fruste.

Or ce n’est pas la première fois que je prends en flagrant délit d’ignorance cette grande intellectuelle que serait Isabelle Huppert – du moins a-t-elle cette réputation, qui est donc usurpée. Il y a quelques années, jouant dans le film d’une débutante à laquelle cette vedette surpayée aurait pu imposer une rectification de son dialogue, elle disait par deux fois « Tu t’rappelles DE ça ? ». Eh bien, c’est confirmé, la chère Isabelle devrait s’acheter un dictionnaire, elle en a les moyens, et le parcourir un peu, par exemple pendant les pauses.

Pour ce qui est de la mère Breillat, on n’attend rien, et donc...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 01/02/2014 19:15

Légèrement éloigné, oui. Inutile de préciser où va ma préférence...

Marcel 01/02/2014 16:18

Dans "Conte d'hiver" (fin de la dix-neuvième minute), Eric Rohmer fait dire à son personnage Félicie (joué par Charlotte Véry), en parlant d'un de ses amoureux : "Côté intelligence, il est même pas
très différent de Charles, mais en plus frustre" ; et le personnage de la mère (joué par Christiane Desbois) la reprend en articulant bien : "Frus-te".
L'univers de Catherine Breillat serait-il légèrement éloigné de celui d'Eric Rohmer ? (euphémisme, euphémisme !)