Un pape assassiné ?

Publié le par Yves-André Samère

Au début de son énorme roman sur la CIA (The company: a novel of the CIA, en français, La compagnie, 1222 pages en édition de poche !), l’excellent écrivain Robert Litell imagine comment le pape Jean-Paul Ier a été assassiné, quatre semaines seulement après son élection en août 1978. L’épisode est romancé, car on n’a jamais su la cause de la mort du pape (aucune enquête policière extérieure ne peut être diligentée au Vatican, tout s’y traite en interne et dans le plus grand secret, tout à fait comme dans l’ex-Union soviétique), mais l’histoire est très vraisemblable : ce chapitre n’occupe que cinq pages et demie, s’intitule Rome, 28 septembre 1978, et raconte ceci : via quelques complicités dûment rétribuées de quelques employés du Vatican, un tueur avait pu s’introduire nuitamment dans le Vatican par la Porta Angelica, et on avait drogué le lait de la religieuse qui veillait devant la porte de l’appartement du pape, ainsi que le lait de Jean-Paul, qui dormait ainsi comme une masse. À son chevet, le texte de l’Encyclique du pape Pie XI, condamnant le racisme et l’antisémitisme, rédigée mais jamais publiée, car Pie XI était mort avant, en 1939.

Le tueur – envoyé par la mafia – parvenu jusqu’à la chambre d’Albino Luciani, le nouveau pape, qui suivait un traitement contre la phlébite –, lui injecta un extrait de quatre millilitres d’huile de ricin, dont les toxines disparaissent en quelques heures en cas d’improbable autopsie. Salaire du tueur : un million de dollars.

Il ne manque pas de connaisseurs des affaires de l’Église pour croire que Jean-Paul Ier a en effet été expédié ad patres, car il gênait beaucoup de monde, pour avoir hautement manifesté son intention de nettoyer les écuries d’Augias dans l’Église catholique, et tout particulièrement au sein de l’IOR (Istituto per le Opere di Religione – l’Institut pour les œuvres de religion, autrement dit : la Banque du Vatican), qui venait de tremper dans quelques scandales retentissants, dignement conclus par le pseudo-suicide de Roberto Calvi, trouvé pendu... sous un pont de Londres, et qui dirigeait le Banco Ambrosiano, principal actionnaire de la Banque vaticane. Rappelons que le directeur de l’IOR alors en place (jusqu’en 1989, sous Jean-Paul II) était l’archevêque états-unien Paul Marcinkus. En 1982, il a été inculpé en Italie comme complice dans l’effondrement du Banco Ambrosiano – perte : 3,5 milliards de dollars –, et accusé de blanchiment d’argent de la drogue pour la mafia sicilienne. Il n’a d’ailleurs jamais été jugé, immunité diplomatique aidant.

Il est frappant de constater que Jean-Paul II, le successeur de Jean-Paul Ier, n’a pas réalisé le projet du pape défunt, et qu’il n’a pas levé un doigt pour combattre la mafia ni assainir les finances de l’Église. Il a fallu attendre Benoît XVI.

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