Une série n’est pas un feuilleton

Publié le par Yves-André Samère

Les téléspectateurs connaissent de moins en moins, voire plus du tout, la différence entre une série et un feuilleton. Il faut dire que les journaux y mettent du leur, puisque la totalité des rédacteurs ignorent également la différence. Or elle est tout à fait simple à comprendre.

À l’origine, le feuilleton n’existait que dans les journaux. On sait que bien des romans d’Alexandre Dumas ont d’abord été publiés en feuilleton. Ensuite, le cinéma naissant s’est emparé du genre, et a produit beaucoup de feuilletons, que l’on projetait dans les salles dites alors Nickelodeon – référence au prix très bas de la place de cinéma (c’était vraiment une autre époque !). Comme, au début, ces petits films n’étaient pas considérés comme des œuvres impérissables, mais au contraire plutôt jetables, on ne les conservait guère au-delà de leur période d’exploitation en exclusivité. Si bien que les réalisateurs hollywoodiens étaient obligés d’en fabriquer un par semaine.

Puis est venue la télévision, qui a bâti ses succès à la fois sur le théâtre, le cinéma et les téléfilms qu’au début l’on appelait des dramatiques, souvent jouées en direct au lieu d’être enregistrées comme aujourd’hui. Mais alors, quelle est la différence entre une série et un feuilleton ?

Le feuilleton est composé d’épisodes qui se suivent obligatoirement. Comme cela se passait lorsque les feuilletons étaient publiés dans les journaux, cela recelait un double avantage. D’une part, les auteurs étaient assurés de conserver leur travail, et, d’autre part, les journaux fidélisaient leur clientèle. La télévision a suivi, en gros, le même principe, mais elle a étendu le genre en créant la série télévisée. Par conséquent, la série télévisée ne se compose pas d’épisodes qui se suivent dans un ordre déterminé : les épisodes sont, dans une certaine mesure, indépendants les uns des autres, ils peuvent être vus à peu près dans n’importe quel ordre.

C’est ainsi que le succès actuel, Game of thrones, est un feuilleton : si vous ratez un épisode, vous ne comprenez plus rien (d’autant plus que l’histoire est passablement obscure). Et, sur la même chaîne qui diffuse ce feuilleton, c’est-à-dire HBO, on a connu d’autres feuilletons à succès comme Les Sopranos ou Six feet under. Là encore, pas question de manquer un épisode !

Avec une série, c’est beaucoup moins strict, et peu de gens se souviennent (ou n’ont jamais su) que, par exemple, Dallas était au début une série et pas un feuilleton. La première année, les épisodes étaient indépendants et pouvaient être vus dans un ordre quelconque, si bien que la télévision française ne s’est pas privée de les passer dans n’importe quel ordre ou d’en sauter quelques-uns. Mais, le succès aidant, Dallas est devenu, à partir de la deuxième année, un feuilleton à part entière, dans lequel il fallait obligatoirement suivre l’histoire.

Inévitablement, les deux genres se sont rapprochés, et il se trouve que, très souvent, dans une série, quelques thèmes sous-jacents doivent courir tout au long de la diffusion, durerait-elle des années. Même si les épisodes peuvent être vus indépendamment, il reste tout de même un ou plusieurs thèmes centraux, qui doivent être alimentés au fil des épisodes. Ainsi, dans Friends, l’un des thèmes essentiels était celui-ci : Ross et Rachel vont-ils se remettre ensemble ? Cela a duré dix ans ! Il y a eu d’autres séries, comme Happy days, qui existait bien avant, a duré onze ans, et comportait deux ou trois thèmes sous-jacents, par exemple : Joanie et Chachi vont-ils se marier ? Fonzie va-t-il rester célibataire ? Qui va remplacer Richie lorsqu’il sera parti ?

À vous de trouver d’autres exemples, ce ne doit pas être bien difficile !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Pas grave, tout le monde s’y trompe.
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C
J'ignorais cette information. Je me rends compte que j'ai ecrit le nom de l'inspecteur comme si c'etait la capitale du Sri Lanka, et par deux fois; ce n'est donc pas une coquille mais bien une
erreur.
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Y
Je n’ai suivi que « Columbo », qui était le contraire d’une série banale : pas le moindre coup de feu (le lieutenant n’était pas armé), pas de poursuites de voiture, rien de tout
cela.

Détail que certains connaissent : le troisième épisode, « Le livre témoin », a été réalisé par Spielberg. Sauf erreur, c’est lui a eu l’idée de donner à Columbo une voiture Peugeot.
On ne la voit pas auparavant.
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C
Autrefois, les séries étaient de vraies séries : Colombo, Mission Impossible, Starsky & Hutch et bien d’autres. Chaque épisode était indépendant l’un de l’autre et on pouvait les regarder au
hasard. L’inconvénient était que chaque épisode se déroulait selon une trame identique, mais les téléspectateurs attendaient justement le moment où l’inspecteur Colombo allait confondre l’assassin
trop sûr de lui, la finale où la machination de l’équipe de MI réussissait brillamment et bien entendu la course-poursuite des deux flics dans leur voiture peinte aux couleurs de Coca-Cola. Bis
repetita placent. Je dis ça, mais j’aimais bien...
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