Victimes !

Publié le par Yves-André Samère

Parmi les (milliers de) comportements qui me flanquent de l’urticaire, il y a celui consistant à se draper dans la dignité, souvent agressive, de la victime persécutée. Ça n’existait pas, jadis, à ma connaissance et si j’en crois les deux ou trois livres qui me sont passés sous les yeux, entre deux romans policiers. Donc, puisque ces groupes humains sont aussi divers que nombreux, je vous dirai que j’ai horreur :

- de ces Juifs qui, s’appuyant sur l’incontestable persécution dont ont souffert leurs ancêtres – mais pas les Juifs d’aujourd’hui, et ne me ressortez pas les crimes de Mohammed Merah, qui était un pur fanatique notoirement cinglé –, ont cru bon de créer au milieu du siècle dernier un État religieux, comme si cela manquait à la planète, et cela, sous le nez des Palestiniens, chrétiens ou musulmans, qui ont autant de droits qu’eux sur la région où tous vivent, et depuis aussi longtemps, or ils ne se gênent pas pour les chasser de leurs maisons et de leurs terres, après les avoir isolés derrière le plus grand mur jamais construit, y compris à Berlin ;

- de ces homosexuels qui, certes, ont vu leurs prédécesseurs traités comme des sous-hommes sous Pétain, puis sous De Gaulle, puis sous Pompidou. La police, notamment, ne les ménageait pas. Mais, de leur côté, eux ne craignaient pas de montrer leur hostilité à ceux du camp d’en face, les hétéros ordinaires, pour lesquels, à l’époque du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire – sic), ils avaient fabriqué le joli sobriquet d’hétéroflics. Leur situation a commencé de s’arranger avec Giscard (lequel, après tout, a mis un homosexuel sorti du placard, Michel Guy, au ministère de la Culture), puis on a vu les discriminations disparaître quand Mitterrand a donné à son ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, l’instruction de mettre fin immédiatement au harcèlement policier, puis à celui de la Justice, l’honorable Robert Badinter, la mission de faire supprimer du Code les lois infâmes tolérées voire aggravées par ses prédécesseurs. Aujourd’hui, les homos ont les mêmes droits que tout le monde, et même leur ridicule Gaypride annuelle ne dérange plus personne, elle est plutôt vue avec une sympathie amusée par la quasi-totalité des Français ;

- de ces musulmans qui se plaignent d’une islamophobie faiblement répandue, largement imaginaire, et qui feraient bien de se demander si leur antijudaïsme larvé ainsi que leur comportement à l’égard des femmes ne serait pas un peu pour quelque chose dans cette antipathie que ressentent à leur égard beaucoup de non-musulmans ;

- des femmes françaises qui hurlent chaque fois qu’une publicité utilise l’image de l’une d’elles afin de vendre de la lessive ou des bagnoles. Je suis assez au courant de la situation des femmes dans les pays arabo-musulmans, et je me demande où les Françaises choisiraient de vivre si, justement, on leur offrait le choix ;

- de ces acteurs (ou qui se prétendent tels), se plaignant sans cesse du prétendu « chômage des comédiens » et braillant que l’État doit « créer des emplois » pour eux, c’est-à-dire des rôles (ben voyons, l’État n’existe que pour ça), alors que ledit chômage n’a qu’une seule cause : ils se sont engouffrés en foule dans cette profession, simplement parce que tous ne rêvent que de « monter les marches », comme ils disent, et ne se sont pas préoccupés de savoir si ce secteur offrait des débouchés suffisants. Je suis bien placé pour savoir que, par exemple, le fameux Cours Florent est une usine à rêves qui ne produit que de futurs chômeurs, moyennent une cotisation exorbitante (il y a douze ans, elle était de 1982 francs par mois, soit 302 euros actuel, mais je ne connais pas le tarif du jour). Chômeurs, parce que, sur les centaines d’élèves que ce cours recrute, il n’y en aura qu’un sur... mille qui réussira à vivre de ce métier ;

- les couples, pas tous catholiques reconnaissons-le (mais il y en avait tout de même beaucoup), lesquels, pour s’opposer au mariage des homosexuels qui ne leur ôtait aucun droit en accordant aux autres ce qu’eux-mêmes avaient déjà, se sont obstinés à radoter que cette extension d’un droit était « un danger pour la famille ». Ils ne sont jamais parvenus à expliquer en quoi consistait ce danger, mais n’en ont fait que plus de bruit.

Cette liste est un peu courte, et je m’y serais bien inclus si j’avais trouvé trace de m’être moi-même plaint de mon sort, ce que je ne pense pas avoir fait. Mais, dites, cet article est le 4284e, et je ne peux me souvenir de tout ce que j’ai pu écrire.

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